solitude

On entend souvent des critiques et des commentaires peu amènes à l’encontre du statut des enseignants du supérieur. Qu’il s’agisse de leur emploi du temps, de la durée de leurs vacances ou de la sécurité de leur emploi, les enseignants sont régulièrement exposés à des attaques plus ou moins élégantes. Les auteurs de ces commentaires, infondés à mes yeux, ne se penchent pas sur la part cachée du plus beau métier du monde. En effet, rares sont les observateurs extérieurs qui constatent le frappant constat de solitude qui étreint les enseignants dès leur premiers pas (Shulman, 1993)! Presque la totalité des activités en lien avec l’enseignement sont planifiées et organisées dans une configuration qui institutionnalise la solitude de l’enseignant. Solitude face aux étudiants, solitude face aux choix disciplinaires et pédagogiques, solitude face à la gestion d’un calendrier exigeant et solitude face aux corrections et aux insatisfactions ou frustrations toujours possibles de la part des étudiants. Il est peu habituel de parler ouvertement de questions pédagogiques avec ses collègues. L’idée que l’activité d’enseignement est relativement privée et relève de la liberté académique individuelle est fortement répandue. Or, où trouver des réponses à ses questions pédagogiques et comment recevoir du feedback à propos de ses pratiques d’enseignement si l’on n’a pas d’occasion d’en parler et d’en débattre ?(Berthiaume & Rege Colet-Johnson, 2013)

C’est la situation paradoxale d’une profession pour laquelle il faut démontrer des qualités de leader tout en acceptant d’être un rouage du système de formation auquel on appartient.

Cette solitude bien réelle renforce une approche de plus en plus individualiste de la profession. Or, dans une société où les étudiants déposent leurs ressources dans des dossiers de partage tels que dropbox, il est du ressort des enseignants de s’en inspirer. En effet, dans un contexte où la production des activités devient de plus en plus chronophage, il est plus que jamais important pour les enseignants de mutualiser leurs ressources et de partager leurs productions. En effet, pour jongler entre l’appropriation de nouveaux canaux d’enseignement pour externaliser l’enseignement et les tâches habituelles, il devient impératif d’entrer dans la logique de la mutualisation et du partage des savoirs et des productions pédagogiques.

D’ailleurs, le besoin de partager, d’échanger, d’apprendre de ses pairs se fait de plus en plus sentir sur le terrain et engendre la création presque spontanée de communautés de pratique chez nombre d’enseignants du supérieur. Prenons l’exemple de professeurs qui se lancent dans la pédagogie inversée et qui réalisent l’importance d’externaliser les savoirs dans des capsules vidéo afin d’optimiser le temps en présentiel. Ces enseignants-là investissent un temps fou (je sais car j’en fais partie) dans l’apprentissage de nouveaux logiciels, tels camtasia, qui leur permettent de construire des vidéos de manière presque professionnelle afin de les mettre ensuite en ligne à l’intention de leurs étudiants. En tant que conseillère pédagogique, je suis régulièrement impressionnée par ces enseignants qui produisent des capsules dignes de professionnels de montage vidéo et qui sont heureux d’en faire bénéficier un maximum de collègues et par là-même d’étudiants. C’est donc avec joie que je constate l’éclosion de nouvelles communautés de pratique dans toutes sortes de contextes d’enseignement, physique, hydrogéologie, langues étrangères, traitement du signal,…

 

Les communautés de pratique sont utiles pour (Berthiaume & Rege Colet-Johnson, 2013) :

 

  • Pour apprendre de ses collègues
  • Pour mutualiser les ressources
  • Pour améliorer les productions
  • Pour bénéficier de l’expérience des autres
  • Pour partager les nouvelles production

A mes yeux, le rôle des enseignants est plus que jamais essentiel pour les étudiants, dans une classe inversée ils passent de la posture de transmetteur à celle d’éveilleur, de guide, d’accompagnateur. Forte de ce constat, j’ai la conviction que plus le numérique et les technologies prennent de place dans le paysage de l’enseignement du supérieur et plus les interactions humaines s’intensifient, notamment par l’éclosion de communautés de pratique. Qui a dit que les ordinateurs remplaceraient les professeurs ?

Berthiaume, D., & Rege Colet-Johnson, N. (Eds.). (2014). La pédagogie de l’enseignement supérieur : repères théoriques et applications pratiques. Bern: P. Lang.

Shulman. (1993). Teaching as Community Property, Putting an End to Pedagogical Solitude. Change, 25(6).