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Ce qui distingue l’être humain des autres mammifères est la métacognition, c’est-à-dire sa capacité à réfléchir sur ses processus mentaux. Il m’a fallu beaucoup de temps pour intégrer cette dimension consciemment afin de l’exploiter pour continuer à me développer intellectuellement, émotionnellement et professionnellement. J’ai ainsi appris à observer mes pensées, sans les juger, et à les accepter comme un flux ininterrompu de mon activité cérébrale. Prendre de la distance avec ses pensées pour mieux les comprendre et mieux les utiliser donne un très grand pouvoir, améliore les performances et apporte une grande sérénité, c’est du moins ce que j’ai expérimenté.

Dès lors comment amener mes étudiants à développer efficacement leur propre métacognition, comment les aider à exploiter les capacités de leur cerveau de manière consciente ? Comment leur donner les outils pour décoder leurs propres processus mentaux ? De quelle manière les amener à prendre conscience de la puissance de la métacognition ?

L’externalisation des savoirs (comprenez le ‘google power’) et la complexité des nouvelles problématiques mettent les enseignants dans d’autres postures. En parallèle, la recherche nous dit que plus les étudiants comprennent comment ils pensent, mettent en lien et construisent les connaissances et mieux ils réussissent. Dès lors, il devient presque criminel pour les enseignants de ne pas intégrer des stratégies d’enseignement qui favorisent les processus métacognitifs chez les étudiants. Voici trois stratégies qui fonctionnent bien avec mes étudiants.

  • Parler aux étudiants d’intelligence émotionnelle et d’identité neuro-anatomique peut les aider à réussir leurs études. En effet, comprendre l’impact du stress et des émotions sur la capacité d’apprentissage donne des clés et change la compréhension des processus mentaux. Dans l’article qui a inspiré ce billet, Lori Desautels met en évidence 4 notions fondamentales des neurosciences à intégrer pour comprendre la métacognition : la plasticité neuronale (le cerveau est un système dynamique en perpétuelle reconfiguration), le cortex préfrontal (la zone de régulation émotionnelle, d’attention et de résolution de problèmes), le système limbique, dont l’amygdale (qui génère peur et agressivité et bloque le cortex préfrontal) et l’hippocampe (impliqué dans la mémoire à long terme). Par exemple, comprendre comment fonctionne le stress permet d’en diminuer l’impact et d’améliorer les processus mentaux afin de ne plus en être victime.
  • John Dewey le dit depuis le dit depuis plus d’un siècle, on n’apprend pas en faisant les choses mais en réfléchissant sur comment on a fait ces choses. Le questionnement est un outil puissant pour amener les étudiants à réfléchir sur leur travail et à faire des liens entre l’ancienne connaissance et la nouvelle connaissance pour construire le savoir. ‘Pourquoi pensez-vous cela ?’ ‘Comment le démontrer ?’ ‘Quelles questions de controverse pouvez-vous faire émerger ?’ La maïeutique de Socrates est toujours d’actualité !
  • Lorsque je donne un travail préparatoire à distance, je demande toujours aux étudiants ce qu’ils ont trouvé difficile, ou facile, ce qu’ils trouvent intrigant, intéressant et pourquoi. Il en ressort non seulement une mine d’informations utiles pour construire mon cours mais également une reconnaissance chez mes étudiants qui perçoivent la bienveillance de la démarche. Je suis toujours surprise de lire des commentaires détaillés et précis qui me permettent de donner des ressources individualisées dans le cadre de ma classe inversée pour aider individuellement les étudiants à résoudre les difficultés d’apprentissage rencontrées.

A ces stratégies, s’ajoutent les parenthèses pédagogiques pour expliquer certains processus mentaux lorsque l’occasion se présente et pour donner la possibilité à ceux qui le souhaitent d’exprimer leur manière de faire. Je provoque ainsi un partage sur ce qui fonctionne bien chez certains étudiants, moins bien chez d’autres ; je profite toujours de l’occasion pour mettre en lumière les différents profils d’apprenants et encourager ainsi la métacognition chez mes étudiants. Le temps en présentiel favorise les échanges, les interactions, les questionnements, la métacognition. A mes yeux, petite poucette (nom poétique de Michel Serres pour désigner les digital natives qui écrivent sur leur téléphone avec leurs pouces) a plus que jamais besoin de son prof !

http://revelationineducation.com/metacog-what-a-new-way-to-teach-students-about-their-own-thinking/