Les examens tuent l’apprentissage

En cette période d’examens, j’éprouve toujours un certain malaise quand je pense à la manière dont les connaissances des étudiants sont évaluées. En effet, dans l’enseignement supérieur en Suisse et à l’étranger, l’expérience d’apprentissage est le plus souvent sanctionnée par un examen final conçu pour ‘trier’ les prestations des étudiants et définir réussite et échec, comme un glas qui sonne une fois par année (ou par semestre) ! Qu’on se le dise, le meilleur des enseignements peut être réduit à néant si les examens finaux censés en mesurer la portée sont réducteurs ou inappropriés.

A mon avis, il devient urgent de se pencher sur la question de comment mettre les évaluations au service de l’apprentissage, et en tout cas pas sous forme d’examen sanction à la fin d’une année académique.

Dans l’enseignement supérieur en général, il n’est pas rare que l’enseignement, l’apprentissage et l’évaluation soient conçus comme trois activités distinctes qui se suivent chronologiquement. Les modèles dans l’enseignement supérieur sous nos latitudes valorisent encore trop souvent le rôle de l’enseignant qui privilégie les contenus au détriment de l’expérience d’apprentissage des étudiants ! Cet état de fait contribue à entretenir une vision linéaire dans laquelle l’enseignant prépare ses contenus et ressources pédagogiques puis donne ses cours, les étudiants suivent (passivement) l’enseignement et voient leurs connaissances évaluées à la fin du processus. Hélas, lorsque l’enseignant est en posture transmissive, sans mettre au cœur de son intention pédagogique l’expérience d’apprentissage, les étudiants développent des stratégies pour ingérer les contenus afin de pouvoir les régurgiter à l’examen. Quoi de plus normal pour un étudiant que de chercher à comprendre comment ses connaissances seront évaluées pour adopter stratégiquement la posture d’apprenant la plus efficace en vue de la réussite ?

Quel gâchis ! Force est de constater que l’expérience d’apprentissage des étudiants est déterminée par la manière dont leurs connaissances seront évaluées. L’évaluation affecte l’apprentissage d’une manière sournoise et silencieuse en se répercutant inexorablement sur la motivation des étudiants

Les nouvelles approches pédagogiques bousculent l’approche linéaire et plaident pour une approche intégrée. L’accent n’est plus porté sur l’enseignant et les contenus mais sur l’étudiant et ses apprentissages. Les pratiques d’enseignement invitent à articuler les activités d’enseignement et celles d’apprentissage dans un principe de cohérence (Marcel Lebrun (2012) que l’on qualifie d’approche intégrée. Cette approche intégrée permet de mettre l’évaluation au service de l’apprentissage, les modalités retenues en termes d’évaluation ont un impact sur les stratégies d’apprentissage. Si on prend l’exemple d’un examen final sous forme de QCM sans documentation, cela incitera les étudiant-e-s au bachotage. Si on prend l’exemple de l’évaluation autour de la production d’un dossier comprenant différentes pièces et une analyse finale, l’étudiant sera invité à travailler dans la continuité et à exercer des compétences de synthèse et d’analyse, sans compter les compétences d’écriture. Dans ce cas, l’évaluation est pensée en fonction des compétences à développer et donne l’occasion à l’étudiant-de les exercer avant l’évaluation finale.

Bref, vous l’aurez compris, je pense qu’il devient urgent de repenser l’évaluation comme levier d’apprentissage et non comme mesure sanction !

Dumont, A., Berthiaume, D., (2016) La pédagogie inversée. De Boeck

 

 

 

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