Dans une classe inversée, l’enseignement et l’apprentissage sont organisés de manière à redonner du sens à la présence et à optimiser le temps en présentiel avec les étudiants. La transmission des savoirs se fait principalement en dehors de la salle de cours, et l’acquisition des compétences quant à elle a lieu sous la supervision de l’enseignant pendant les heures de cours.  Ainsi donc, la classe inversée nous invite à redéfinir ce qui est entendu par enseignement et par apprentissage. Il faut reconnaître qu’on utilise encore trop souvent à tort le verbe « apprendre » au sens de « enseigner », comme si la simple mise à disposition d’informations résultait automatiquement en un apprentissage chez l’étudiant. Les fondements de la classe inversée nous montrent bien que l’on ne peut « apprendre » à quelqu’un puisque l’acteur principal de l’apprentissage est l’apprenant. Ainsi, enseigner implique de développer des scénarios dans lesquels les étudiants apprennent par eux-mêmes plutôt que de simplement savoir discourir longuement sur un sujet donné. Cela remet en question un ensemble de croyances et de pratiques dans le domaine pédagogique, que celles-ci relèvent de l’enseignement supérieur ou de l’enseignement obligatoire. L’engouement pour la pédagogie inversée appelle donc à une révision non seulement des manières d’enseigner et d’apprendre, mais aussi des modes de développement professionnel initial et continu des enseignants des divers ordres d’enseignement, de la construction des programmes de formation et même de l’aménagement des espaces d’enseignement et d’apprentissage. C’est en ce sens que nous affirmons que la pédagogie inversée, loin d’être simplement une mode, est le reflet d’un réel changement de paradigme dans l’enseignement et particulièrement dans l’enseignement supérieur.

Dumont, A., Berthiaume, d., (2016) La pédagogie inversée. De Boeck, Louvain-la-Neuve.