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Ce billet pourrait s’intituler : Bologne et l’interactivité ou quand le monde politique fonde ses décisions sur les résultats de recherches en sciences de l’éducation. Lors du sommet qui s’est tenu à Yerevan en mai dernier, les ministres de l’éducation de l’éducation des 47 pays de l’EHEA (European Higher Education Area) se sont mis d’accord pour ajouter un nouveau standard en matière d’assurance qualité dans le paysage de l’enseignement supérieur. Ce standard exprime que l’obligation pour les institutions (exprimé par le ‘should’ anglais) de désormais tenir compte de l’interactivité dans les programmes d’enseignement et de créer des conditions dans lesquelles les étudiants co-construisent processus d’apprentissage et contextes d’études. On entre de plein pied dans des cursus de formation centré sur les apprenants ! Quel bonheur !

De nombreuses méta-analyses mettent en évidence l’importance de l’interactivité dans les processus d’apprentissage. D’ailleurs, une étude récente et très souvent citée de Freeman (2014), synthétise 225 analyses comparatives de situations d’enseignement d’une part transmissives et d’autre part interactives et démontre de manière scientifiquement prouvée que les conditions de réussite sont 1.5 fois plus grande dans un environnement d’apprentissage interactif plutôt que transmissif, comprenez cours ex-cathedra. En d’autres termes, les étudiants qui suivent des cursus en mode purement transmissif ont un risque d’échec nettement accru. Ce constat, choquant à mes yeux, n’est pas nouveau et nécessite une remise en question des méthodes d’enseignement classiques en mode purement ex-cathedra. Ce qui est donc nouveau, selon moi, c’est la volonté politique clairement exprimée au plus haut niveau d’imposer des cursus de formation centrés sur les apprenants.

Dès lors se posent 3 questions :

  • Comment appliquer sur le terrain cette volonté politique ? Quels moyens ? Quelles ressources ? Quels choix pédagogiques et pourquoi ? Quels contrôles sur la mise en application de ces choix ?
  • Comment former tous les enseignants ?
  • Comment s’assurer que tous les étudiants puissent expérimenter un apprentissage centré sur leurs profils d’apprenants ?

Quelles sont les réponses à ces questions ? Les institutions qui tentent de répondre à ces questions s’interrogent sur les modalités et l’importance de la formation des enseignants en lien avec une expérience d’apprentissage centrée sur les apprenants. Le service de développement professionnel de la Haute Ecole Spécialisée de Suisse Occidentale, http://devpro.hes-so.ch développe une offre de des formations à l’intention des enseignants qui va dans le sens du nouveau standard issu du sommet de Yerevan.  Interactivité,  enseignement par projets, pédagogie inversée, outils pour la classe inversée sont quelques-unes parmi la centaine de formations proposées sans cesse renouvelées et actualisées. Afin de soutenir le développement professionnel du personnel enseignant, la HES-SO vient de créer un réseau interne de conseillers pédagogiques de proximité pour couvrir les besoins de ses 28 écoles. L’innovation pédagogique est également disséminée et plus de deux cents enseignants ont été sensibilisés à la pédagogie inversée en quelques mois. Ce constat met en lumière le fait que certaines hautes écoles et universités appliquent déjà le principe de cohérence entre les choix politiques, les méthodes pédagogiques et la qualité de l’enseignement. La Suisse n’est pas à la traîne !

Freeman, S. (2014). Active learning increases student performance in science, engineering, and mathematics. National Academy of Science.