Bienveillance et études

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Et si l’on enseignait la bienveillance dans les hautes écoles ? La tradition d’éducation indienne associe volontiers une dimension spirituelle et émotionnelle à un enseignement purement académique. Dans une vision humaniste de l’éducation, on peut se mettre à rêver de développer des compétences académiques solides dans des cursus exigeants tout en inculquant la pratique de la bienveillance.

Pas plus tard qu’hier, j’ai été sidérée de discuter avec un jeune homme qui vient de terminer ses études universitaires en économie et qui a dérobé sans aucune vergogne des données informatiques appartenant à l’un de ses amis. Sans désavouer les faits, il n’a fait preuve d’aucun esprit de repentir ou de regret quelconque. Il dit ouvertement espérer que ces données volées qui touchent plusieurs milliers de contacts l’aideront à booster sa jeune startup. Entre trahir et voler un ami ou mettre toutes les chances de son côté, même malhonnêtement, pour lancer sa startup, ce jeune homme de bonne famille n’a aucune hésitation. Je suis à la fois consternée et effrayée de cette attitude consumériste opportuniste qui fait fi des valeurs humaines d’honnêteté, d’amitié, de respect et de bienveillance. Est-ce que c’est ce que l’on enseigne à l’université ? Réussir à tout prix, fût-ce au prix de marcher sur les autres ? Je ne le pense pas, néanmoins il me semble qu’il y a un manque à ce niveau et qu’il y aurait la place pour inculquer des notions essentielles de bienveillance dans un cursus universitaire. Le besoin d’une dimension spirituelle et émotionnelle dans les cursus d’études me semble fondamental, en effet, un enseignement basé uniquement sur des compétences académiques est trop étroit et ne suffira pas dans un monde toujours plus complexe. La formation universitaire a selon moi deux devoirs, d’une part enseigner un savoir vivant et d’autre part reconnaître l’humanité comme un tout indissociable des notions de compassion et de bienveillance.

En enseignant la gratitude et la compassion dans leurs cursus universitaires, les étudiants gagneraient le pouvoir de s’adapter à toutes les situations, avec tous les interlocuteurs tout en démontrant des valeurs humanistes et spirituelles. Dans un contexte complexe en changement continu, les étudiants d’aujourd’hui occuperont demain des postes qui n’existent peut-être pas encore et pour lesquels ils devront faire preuve d’adaptabilité et de ressources multiples. D’une part il y a l’instruction que l’on fournit dans nos hautes écoles et d’autre part il y a les personnes qui en bénéficient, des étudiants qui sont avant tout des êtres humains. Je rejoins le Dalaï Lama lorsqu’il dit qu’à ses yeux, un être bon est une personne qui a du cœur, un sens de l’engagement, un sens des responsabilités, c’est ce qu’il appelle le cœur de la compassion. La combinaison d’une instruction de qualité et d’un coeur de compassion a pour résultat des êtres humains instruits et bienveillants. Toujours selon le Dalaï Lama cette combinaison est la clé pour une connaissance constructive et épanouissante permettant de trouver des solutions respectueuses à des problématiques existantes ou nouvelles.

De plus en plus de recherches en psychologie positive démontrent scientifiquement les bienfaits d’une pratique de bienveillance et de gratitude pour contribuer à l’épanouissement de l’être dans sa vie sociale, professionnelle et personnelle. Et si le premier enseignement de la bienveillance s’appliquait aux apprenants eux-mêmes ? Comment s’aimer et se respecter si l’on n’aime ni ne respecte les autres ?

Ben-Shahar, T., & Collon, H. (Eds.). (2011). L’apprentissage de l’imperfection. Paris: Belfond

Une réflexion au sujet de « Bienveillance et études »

  1. stephane fiorucci

    Bonjour,

    votre thématique est super !

    mais je ne pense pas que la bienveillance doive (puisse) être « enseignée » en tant que telle, comme une nouvelle matière. Ou alors, il s’agira plutôt de séances de méditation guidée. Dans ce cas, pourquoi pas.

    La bienveillance touche l’intelligence émotionnelle, le cœur, alors que l’enseignement académique s’adresse directement à l’intelligence rationnelle, hippocampique (comme pour la mémoire, par opposition à la mémoire amygdalienne, des événements anciens notamment ceux douloureux).

    La bienveillance devrait être un état d’esprit, une philosophie de vie. L’enseignant devrait être bienveillant dans son enseignement, comme dans son quotidien, cela devrait suffire.

    On ne peut pas « enseigner » la bienveillance, car cela reviendrait à croire, ou être dans l’illusion, que l’on s’élève à un niveau de conscience supérieur, alors qu’en réalité, on transpose une « découverte géniale » dans notre compréhension et acceptation (en l’occurrence capitaliste) du monde.
    Un autre exemple, plus concret: observez le nombre croissant de cartes de visites « massages énergisants », « guérisseur », « travail énergétique, prise de conscience de soi » etc etc etc….. qui montrent comment des dons que nous avons tous en réalité, sont détournés pour en faire des sources de revenus, de petits profits et surtout d’alimentation de l’EGO (je sais ce que l’Autre ne sait pas) même si probablement pas suffisants pour en vivre.

    mais il n’en reste pas moins que les mentalités ne sont pas encore libérées, tant que l’on ne comprendra pas que l’union corps-mental-esprit et que la bienveillance, l’Amour au sens large, la compréhension et la Conscience Unique sont des choses naturelles, que chacun possède et qui n’ont RIEN de magique. Le côté caché de l’égo défie le vrai abandon, mais c’est pourtant l’accès à cet abandon qui donne la conscience, des choses, des gens.

    Personnellement et sans le vouloir, je ne peux m’empêcher d’être moi-même lorsque je donne mes cours. Cela suffit 😉

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