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En tant qu’enseignants du supérieur, nous devons former nos étudiants à développer des compétences pour leur donner des outils efficients pour vivre et évoluer dans un monde avec une complexité grandissante et les préparer à affronter des problématiques futures pas encore nées. Quel enseignement peut-il préparer nos étudiants à relever de pareils défis ? La réponse est cinglante : aucun ! Mais alors me direz-vous, comment préparer nos étudiants à devenir la relève et comment leur enseigner à surmonter des obstacles futurs encore inconnus à ce jour ? Une seule réponse me semble pertinente, mettre au cœur de tout enseignement la question du sens dans l’expérience d’apprentissage, pourquoi se former à telle ou telle discipline fait du sens, en quoi l’enseignement de mon champ disciplinaire fait-il du sens pour mes étudiants ? Comment leur faire comprendre le lien entre ce que je vais leur enseigner, ce qu’ils vont apprendre dans mon cour et ce qui fait du sens pour eux aujourd’hui et en fera demain ?

Pour mettre au centre de la question éducative le sens de tout enseignement, il faut commencer par arrêter de prétendre que…

  • Il faut arrêter de prétendre qu’il est normal de faire acheter des livres qui coûtent des centaines de francs et que les étudiants ne consulteront de toute manière pas car leur source principale d’information est internet. Ne devrait-on pas plutôt repenser nos contenus en fonction des ressources numériques existantes : vidéos, lectures interactives, annotations,.. ?
  • Il faut arrêter de prétendre qu’obtenir un diplôme dans certaines écoles ou universités réputées implique automatiquement une meilleure formation. C’est l’engagement des étudiants dans leur expérience d’apprentissage qui fera la différence ! Une école qui permet aux étudiants stratégiques de réussir leurs examens sans expérimenter un apprentissage en profondeur n’est à mes yeux pas garante d’une formation de qualité.
  • Il faut arrêter de prétendre qu’il est normal qu’il y ait encore des enseignements ex-cathedra longs, insipides et ennuyeux pendant lesquels les étudiants n’ont pas la possibilité d’expérimenter un apprentissage interactif. Toutes les récentes recherches en pédagogie universitaire démontrent l’avantage de l’interactivité pendant les cours comparé à un enseignement purement transmissif.
  • Il faut arrêter de prétendre que la question de l’apprentissage appartient aux étudiants et celle de l’enseignement aux professeurs. Le monde de l’éducation a le devoir de créer des environnements d’apprentissage stimulants, en phase avec la réalité des étudiants, et qui favorisent la meilleure compréhension et la meilleure acquisition de la connaissance à long terme et en profondeur. Les questions en lien avec la notion de Personal Learning Environment deviennent prépondérante en pédagogie universitaire.

Les 4 points ci-dessus, qui se veulent provocateurs, illustrent bien le changement de paradigme dans lequel nous vivons. Puisque le système encourage et soutient des carrières d’enseignants pour une vie entière,  la question de la formation des enseignants devient essentielle dans le paysage en évolution de l’enseignement supérieur.  J’irai jusqu’à affirmer que même s’il est encore possible, et peut-être parfois même souhaitable, d’enseigner sans s’appuyer sur la technologie, l’expérience d’apprentissage des étudiants quant à elle passe désormais par la technologie, qu’on le veuille ou non. Dès lors, la véritable question qui est au centre de cette problématique concerne selon moi la formation des enseignants ! D’après mon expérience et de manière générale les enseignants ne sont pas férus de technologie sauf lorsqu’ils perçoivent un intérêt réel pour leur enseignement. Ainsi donc peut-on être tenté de penser qu’il suffit d’offrir aux enseignants des formations à visée pratique qui donnent des outils technologiques permettant de cibler des expériences d’apprentissage en profondeur chez les étudiants. Chez les 148 enseignants de la HES-SO formée à la classe inversée, près de 90% disent en avoir retiré des informations utiles pour leur pratique enseignante… prouvant ainsi le bienfondé d’une politique institutionnelle de la formation continue du personnel enseignant.

Pour former nos étudiants à la réalité de demain, il est urgent d’apprendre à parler le même langage et il est incontournable d’utiliser les mêmes canaux pour véhiculer un savoir vivant, favorisant ainsi une expérience d’apprentissage en profondeur. Arrêtons de prétendre que la manière dont nous avons toujours enseigné reste valable aujourd’hui et commençons à repenser l’enseignement de savoirs bien vivants à l’ère de la génération 3.0 !

Je vous invite à visionner le Ted talk de Scott Macleod qui a inspiré ce billet : https://www.youtube.com/watch?v=GyIl4y_MRbU