Archives mensuelles : septembre 2017

Enseigner: une leçon d’humilité

Le développement professionnel des enseignants est-il mission impossible ? Mais de quoi parle-t-on au juste ? Selon Lange (1990), le développement professionnel des enseignants est décrit comme un processus continu de croissance intellectuelle, expérientielle et posturale ! une définition un brin intellectuelle pour dépeindre une attitude d’humilité et d’ouverture, en d’autres termes une perpétuelle remise en question.

Le développement professionnel des enseignants mérite qu’on y alloue attention et ressources. Nous avons tous été une fois ou l’autre transformé par un ou une enseignant d’exception, et nous savons que ce qui les a rendus si particuliers à nos yeux ne tenait pas seulement à la manière dont ils nous ont enseignés mais également à leur personne, à leur façon d’être dans la relation à autrui. Ce genre de choses ne s’apprennent à priori pas dans des ateliers pédagogiques qui sont le plus souvent focalisés sur des compétences (techno-)pédagogiques par ailleurs fort utiles, voire incontournables. Il faut toutefois reconnaître qu’il y a de nombreux aspects de l’enseignement qui ne sont pas systématiquement pris en considération dans les formations destinées au corps enseignant, comme par exemple la manière de moduler sa voix ou de se déplacer dans une salle de cours.

J’aime bien l’approche qui consiste à accompagner les nouveaux enseignants dans différentes postures, celle d’essayer de se voir à travers d’autres yeux, comme par exemple ceux de leurs étudiants. Une posture que j’affectionne particulièrement et à laquelle je recours quand je suis face à un obstacle ou une incompréhension est celle de m’observer en méta du méta, c’est-à-dire avec une perspective neutre d’observation externe. Prendre de la distance, changer l’angle d’observation, se mettre à la place de l’autre sont des attitudes empreintes d’humilité et d’humanisme qui contribuent à garder le lien avec les apprenants et à les amener à se dépasser dans leur expérience d’apprentissage!

En ce début d’année académique, il me semblait utile de rappeler qu’un bon enseignement est bien davantage que l’expertise d’un champ disciplinaire et la maîtrise de techniques pédagogiques, à mes yeux, enseigner relève du don de soi. L’enseignant qui se connecte à la meilleure partie de lui-même dans la relation avec ses étudiants va les amener eux-aussi à se connecter à leur meilleures partie… c’est cette magie-là qui nous confirme qu’enseigner est le plus beau métier du monde !

Lange, D. (1990) A blueprint for teacher development. In Richards J., and Nunan D., (eds) Second Language Teacher Education (CUP)

Evaluer pour apprendre

La perception de l’enseignement supérieur comme étant dans une ‘tour d’ivoire’ est révolue. L’enseignement supérieur n’est plus confiné à un amphi ou une salle de classe, mais s’ouvre de plus en plus au monde grâce à Internet. L’enseignement en ligne, comme par exemple les MOOCs (Massive Open Online Courses) est devenu courant et à la portée de toute personne curieuse et motivée à continuer à aprendre. L’hybridation de l’enseignement, soit une partie des course en présentiel et l’autre en ligne, s’impose de plus en plus dans les hautes écoles comme le modèle à adopter. L’hybridation, à mes yeux, est une bonne manière d’externaliser la transmission des savoirs et d’optimiser le temps en présentiel avec les étudiants. La classe inversée est la parfaite illustration de ces nouveaux modes d’enseignement, on transmet la théorie à distance et on aide les étudiants pendant les cours à assimiler les nouveaux concepts.

Cette (r)évolution de l’enseignement supérieur ne dispense pas l’enseignant de fournir une prestation de qualité; la tendance serait même plutôt inverse, et la lumière mise sur les cours en ligne pourrait avoir une influence positive sur la qualité de l’enseignement. Lors de la préparation d’un cours, un professeur devrait se poser les deux questions suivantes:

  1. Comment créer de réelles occasions d’apprendre dans mon enseignement?
  2. Comment vais-je évaluer de manière à promouvoir un apprentissage porteur de sens?

Evaluer n’est pas synonyme d’attribuer une note, en effet les notes données pour un travail effectué sont représentatives d’une preuve partielle d’apprentissage d’un sujet donné. Il me semble judicieux de faire la distinction entre une évaluation formative et une évaluation sommative. L’évaluation formative vise à mesurer une acquisition progressive des objectifs d’apprentissage d’un cours, alors que l’évaluation sommative intervient à la fin d’un enseignement pour en mesurer l’atteinte des objectifs finaux. Un élève conducteur va recevoir une évaluation formative lors de la phase d’apprentissage à la conduit d’un véhicule, le plus souvent sous forme de feedbacks de la part de son formateur d’auto-école. Au fur et à mesure de sa progression dans la maîtrise de la conduit, l’élève conducteur se prépare à l’examen sommatif final qui lui ouvrira le sésame du permis de conduire.

A l’aube de la rentrée académique, il est plus que jamais nécessaire de réfléchir à l’organisation d’un enseignement et aux modalités de l’évaluation formative en cours d’apprentissage. Se concentrer uniquement sur une évaluation sommative en fin de cours est à la fois injuste et réducteur. L’évaluation formative, le plus souvent sous forme de feedbacks, est non seulement moins arbitraire, mais c’est également la meilleure manière de favoriser un apprentissage porteur de sens en profondeur. Préparer un enseignement de qualité, c’est réfléchir à comment évaluer, formativement et sommativement l’atteinte des objectifs en veillant à tout prix à éviter la régurgitation lors des examens finaux!

Barkley, E., Howell Major, C., (2016). Learning Assessment Techniques. USA: Jossey-Bass