Archives mensuelles : janvier 2017

Prenez-vous le temps de connaître vos étudiants?

Les étudiants, au cœur de tout enseignement (on a parfois tendance à l’oublier), ont un profil d’apprenant spécifique, des besoins, des attentes, des forces et des faiblesses propres. De futurs ingénieurs n’ont pas les mêmes attentes que de futurs économistes ou de futures sages-femmes, et cela même s’ils doivent tous suivre un cours de méthodologie avec des objectifs d’apprentissage identiques…

Dans la perspective de créer une cohérence pédagogique (Biggs, 2003, Lebrun 2009) de mon cours en mode pédagogie inversée j’ai à cœur de tenir compte non seulement des objectifs pédagogiques à atteindre, mais également de la méthode d’enseignement la plus appropriée et de l’évaluation des connaissances. En point de mire à cette cohérence pédagogique indispensable à tout enseignement, il faut veiller à ne pas perdre de vue les étudiants, au cœur du système! Mais les connaissons-nous vraiment? Mes étudiants, de futurs ingénieurs, ont souvent une expérience professionnelle antérieure, certains d’entre eux ont eu une scolarité obligatoire difficile qui les a conduits à arrêter leurs études et revenir sur les bancs d’université représente un défi certain pour eux. La classe inversée, qui est mon intention pédagogique, offre un cadre sécurisant, dans lequel les erreurs sont bienvenues et même exploitées pour déconstruire les idées fausses et construire un savoir vivant.  De plus, pour avoir expérimenté ce contexte, la pédagogie inversée donne une très grande flexibilité, offrant la possibilité d’un enseignement individualisé et ciblé.

En début d’année académique, je convié chacun de mes étudiants à un entretien individuel d’une dizaine de minutes afin de faire connaissance et de comprendre le parcours, les besoins et les attentes de chacun d’entre eux.

Les questions à se poser :

Qui sont mes étudiants ? Quels sont leurs besoins ? Quels parcours scolaires ? Quels échecs et quelles réussites ? Quelles attentes vis-à-vis de leurs études et de mon cours en particulier ? Quels sont les objectifs d’apprentissages qu’ils devront atteindre ? Quel type d’enseignement individualisé vais-je pouvoir offrir ? Et comment ? Comment vais-je pouvoir vérifier en cours de route qu’ils atteignent les objectifs d’apprentissage ?

A la lumière de ce qui vient d’être décrit, il semble évident que la pédagogie inversée, peu importe la forme qu’elle prend, correspond à une évolution majeure de l’enseignement supérieur et prend en compte la dimension des millenials (nés à partir de l’an 2000). Nous entrons dans une ère nouvelle en matière d’enseignement supérieur et les possibles dépassent fort probablement les obstacles dans notre quête de fournir aux étudiants une expérience d’apprentissage positive, qui leur servira tout au long de leur existence. Pour y parvenir, il faut commencer par apprendre à les connaître!

Dumont,A., Berthiaume, D., ‘La pédagogie inversée’ (2016) De Boeck

Le devoir de partager

Profs : partagez !Il est bien connu qu’enseigner est un métier de solitude, en conséquence trop souvent les enseignants n’ont pas ou très peu de contacts avec leurs collègues pour échanger au sujet de leurs pratiques. Un emploi du temps chargé, des incompatibilités d’horaire, des enseignements en constant changement qui demandent un investissement conséquent en préparation, brefs, les raisons pour renoncer à prendre du temps pour échanger avec les collègues sont nombreuses et récurrentes…

Toutefois, dans un contexte où enseigner devient une activité de plus en plus exigeante et chronophage, notamment en raison du tsunami numérique, il devient incontournable de partager ressources et enseignements-clé pour ne pas sombrer sous la charge de travail ou dans la déprime de l’insatisfaction..

En premier lieu, il convient donc de prendre le temps d’identifier qui sont les partenaires-clé !

D’après moi, les partenaires-clé sont les personnes qui constituent votre réseau professionnel, (le plus souvent des collègues mais pas seulement),  qui vont fournir du conseil, du feedback, un partage d’expérience et de ressources et un regard d’ami critique. Dans mon cas, une alliance avec une collègue dans la même institution que moi, nous a permis non seulement d’élaborer des stratégies communes sur le choix des activités à distance et en présence, mais également de nous répartir le travail de conception des activités. Notre rendez-vous hebdomadaire a été une source de stimulation et d’enrichissement réciproque, en cours d’année nous avons parfois échangé nos étudiants pour expérimenter le même enseignement avec deux groupes différents. Créer des alliances stratégiques avec des collègues enseignant la même matière ou non permet de briser la solitude de l’enseignant (Shulman, 1993) qui prend le risque d’innover en pédagogie et de se remettre en question dans sa pratique enseignante. Avant de vous lancer dans une expérience ce en tandem ou en communauté de pratique, posez-vous la question de savoir avec qui et sous quelle forme vous pourrez collaborer.

Les questions à se poser :

Quels sont mes collègues avec lesquels je pourrais construire une alliance ?

Comment puis-je m’appuyer sur l’expérience de collègues dans mon institution ou ailleurs ?

Avec quels collègues pourrais-je m’associer dans cette démarche ? Et pourquoi ? Et comment ?
Comment obtenir le soutien de mon institution ?

Enseigner c’est partager, mais pas seulement avec les étudiants !

 

Shulman. (1993). Teaching as Community Property, Putting an End to Pedagogical Solitude. Change, 25(6).

Daele A., Dumont, A., (2015) Les communautés de pratiques. Chapitre 5 dans Applications pratiques et repères théoriques, Berthiaume et Rege-Colet. Ed.Lang