Archives mensuelles : décembre 2016

J’enseigne, mais eux apprennent-ils?

Le contexte de l’enseignement supérieur est en changement, les technologies bousculent les pratiques et remettent en question les méthodes traditionnelles d’enseignement et d’apprentissage.

Les méthodes d’enseignement classiques de type transmissif sont de moins en moins adaptées aux besoins des étudiants d’aujourd’hui et il devient urgent de réfléchir à de nouvelles manières d’aborder l’enseignement et l’apprentissage. Commençons par nous pencher sur les concepts enseigner et apprendre, les anglo-saxons distinguent clairement l’enseignement, teaching, de l’apprentissage, learning. Or, il faut bien reconnaître qu’il y a encore trop souvent une confusion entre ces deux concepts dans le monde francophone. Que de fois n’ai-je entendu un enseignant me dire ‘j’apprends à mes étudiants à…’. Or, les avancées des quarante dernières années en psychologie de l’apprentissage nous montrent que ce n’est pas parce que l’on enseigne que les étudiants apprennent automatiquement ; l’apprenant doit assumer la responsabilité de son apprentissage et y jouer une part active. Le rôle de l’enseignant devient donc de créer des occasions d’apprendre pour les étudiants. Dans une configuration classique, un enseignement de type purement transmissif offre peu d’occasions à l’apprenant pour s’impliquer activement et ainsi expérimenter un apprentissage en profondeur, au sens où les apprentissages deviennent utiles et durables. Qu’on le veuille ou non, les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont en train de révolutionner l’enseignement et l’apprentissage et la posture académique classique de transmission semble de moins en moins pertinente. A titre d’exemple, au vu de la multitude d’informations à disposition de l’apprenant par l’entremise d’internet, pourquoi persister dans la croyance que seul l’enseignant peut « présenter » le savoir aux apprenants ? N’est-il pas possible d’orienter les apprenants vers ces sources d’information pour ensuite travailler avec eux les réflexes intellectuels essentiels à la maîtrise de ce savoir? La question ici n’est pas de savoir si l’avancée technologique dans l’éducation est une bonne chose ou non, mais plutôt de réfléchir en termes d’opportunité pour favoriser la meilleure expérience d’apprentissage possible.

Bien sûr, il se trouvera toujours des irréductibles critiquant toute forme d’innovation pédagogique puisqu’elle s’éloigne des pratiques existantes ou usuelles. Chercher à les convaincre est probablement vain et il faut tout faire pour éviter le piège de la « fossilisation des pratiques innovantes », soit l’utilisation peu adaptée d’un nouveau dispositif, illustrée par la métaphore : mettre du vin nouveau dans de vieilles bouteilles. Enseigner n’est pas apprendre, et il est essentiel d’en faire la distinction !

Dumont A., Berthiaume D., (2016) La Pédagogie inversée. Ed. De Boeck, Belgique