Archives mensuelles : octobre 2015

4 raisons pour étudier en petits groupes

Pourquoi enseigner en mode TBL, team-based-learning, c’est-à-dire en mettant les étudiants en équipes de 4 ou 5 ? Les recherches en pédagogie universitaire démontrent l’intérêt de cette manière de créer des expériences d’apprentissage utiles pour les étudiants. Afin de créer des situations d’apprentissage optimales, il faut veiller à créer des travaux de groupe qui ne permettent pas aux étudiants de se répartir le travail afin d’en minimiser la charge. N’oublions pas que les étudiants sont toujours dans une optique d’être le plus stratégique possible, en d’autres termes obtenir le meilleur résultat en fournissant le moindre effort. Dès lors, il est capital de construire les travaux de groupe en veillant à mettre les étudiants en situation d’interdépendance complexe, c’est-à-dire que le travail de chacun dépend de celui des autres et que chaque étudiant doit être en mesure d’expliquer tous les aspects du travail de groupe indépendamment de ce qu’il a effectué.

Voici selon moi 4 bonnes raisons de favoriser les travaux de groupes dans son enseignement :

  • Pour mettre les étudiants en situation d’atteinte d’objectif collectif, par opposition à objectif commun. Avec un objectif commun, tous ont le même but mais chacun peut l’atteindre individuellement, par exemple maîtriser 5 concepts de physique mécanique à une date donnée. Avec un objectif collectif, les étudiants doivent par exemple inventer une machine qui comprend les 5 concepts en question, mais en plus chacun peut être interrogé indifféremment sur n’importe lequel des concepts pour l’évaluation du travail de groupe.
  • Pour créer une véritable interactivité et favoriser ainsi la construction d’un savoir vivant. De plus, il est parfois moins intimidant d’exprimer une incompréhension ou de demander un éclaircissement à des pairs plutôt qu’à son enseignant. En écoutant des explications d’étudiants au sujet d’un concept que j’ai enseigné, j’observe bien souvent que les chemins empruntés par ces-derniers sont différents des miens tout en menant à une destination identique. Cela s’explique par le fait que les étudiants qui viennent d’intégrer de nouvelles notions se rappellent les mécanismes ayant mené à leur compréhension, or il faut bien reconnaître que nous autres enseignants avons le plus souvent oublié le chemin de notre propre apprentissage.
  • Pour enseigner aux étudiants à travailler ensemble sur des projets, et en quelque sorte les habituer dès leurs études à travailler en équipe, situation courante dans leur vie professionnelle future.
  • Pour développer chez les étudiants une forme de responsabilité sociale, et les amener en quelque sorte à prendre conscience dès leurs études de la manière de se comporter professionnellement et de respecter le travail des autres au sein d’une équipe. On peut attribuer une note pour cet aspect du travail de groupe qui relève de l’éthique personnelle et du professionnalisme.

Pour qu’un travail de groupe présente un intérêt pour tous les membres, il faut que le problème ou le cas à résoudre soit plus difficile que ce que le meilleur étudiant parviendrait à solutionner seul. Dans un travail de groupe, les étudiants sont plus forts ensemble et peuvent ainsi travailler sur des problématiques plus complexes qu’ils ne le feraient individuellement, j’aime bien la locution anglaise Stronger together qui résume cette approche en deux mots !

Team-Based Learning: Small Group Learning’s Next Big Step: New Directions for Teaching and Learning, Number 116 (2009) Larry K. Michaelsen (Editor), Michael Sweet (Editor), Dean X. Parmelee (Editor)

Et si le bonheur pouvait se programmer?

Assise dans un café à Harvard Square, j’entends un groupe d’étudiants se plaindre de leurs cours, de leurs enseignants et de la charge surhumaine de travail à faire. Intriguée par cette discussion critique, je m’approche et entame la conversation. Très ouverts  ces cinq étudiants, trois garçons et deux filles d’une vingtaine d’années en pre-med school, donc de futurs médecins, confirment mon premier sentiment, la vie à Harvard est très dure, la charge de travail intense et la concurrence très vive. Peu de sommeil, du travail jusque tard en soirée, des résultats rarement à la hauteur des attentes et des enseignants qui ne donnent plus cours et enseignent en mode TBL ; comprenez Team-Based-Learning, soit le travail en équipe. Comment être heureux dans pareille vie estudiantine ? Et pourtant, le plus surprenant est que ces mêmes étudiants me disent être heureux d’avoir la chance d’étudier à Harvard University et apprécier chaque jour d’avoir la chance de pouvoir y étudier. En termes de conception de bonheur, ils confondent l’expérience, en l’occurrence une expérience d’apprentissage difficile, intense et exigeante, avec l’évaluation, être à Harvard Medical School, peut-être l’école de médecine la plus prestigieuse au monde. C’est ce que Dolan (2015) appelle la confusion entre l’expérience du bonheur et l’évaluation de qui est censé nous rendre heureux. Cela signifie-t-il que les étudiants en question sont malheureux à Harvard ? Je ne le pense par car intervient ici la notion de ce qui donne le sens de leur accomplissement personnel. Travailler dur pour atteindre un objectif qui fait du sens est porteur de sens, cela rend heureux et détermine une certaine conception du bonheur.  Par opposition, devoir étudier ce qui semble futile et manquer de sens conditionne un sentiment négatif qui rend malheureux. « Beaucoup de choses dont on pense qu’elles rendent plus heureux sont éphémères et peuvent même nous affecter négativement «  explique Paul Dolan, professeur à la London School of Economics. Si les étudiants associent par exemple l’accès tant convoité à une université aussi prestigieuse qu’Harvard, ils en oublient le surplus de travail, le niveau de stress plus élevé et la vive concurrence qui y règne de même que le coût.

Il y a toutefois des activités qui rendent immédiatement heureux toujours selon Dolan. Ecouter sa musique préférée, passer 5 minutes de plus avec un ami, aider un étudiant qui en a besoin et vivre une nouvelle expérience sont autant de petites choses qui ont le pouvoir de ralentir le temps et de rendre heureux. Chers étudiants, voici 5 conseils pour être heureux dans vos études inspirés de Happiness by Design

  • Ayez à l’esprit le métier que vous ferez plus tard et les liens entre les différents sujets d’étude et votre futur professionnel
  • Offrez-vous régulièrement quelques minutes pour écouter la musique que vous aimez et qui vous inspire
  • Passez un peu plus de temps avec les personnes que vous aimez, ménagez-leur une place dans votre vie
  • Aidez vos collègues qui peinent sur leurs études, vous en serez gratifié et récompensé.
  • Prenez les nouveaux cours, les nouveaux sujets, les nouvelles méthodes d’enseignement comme autant d’occasion de nouvelles expériences

Dans son livre happiness by design (Dolan), Dolan explique qu’il est plus important de changer ce que nous faisons plutôt que ce que nous pensons. Paradoxalement, aider un collègue est un acte que l’on fait plus pour soi-même que pour l’autre, car on en retire égoïstement un sentiment de satisfaction et de plaisir, c’est donc une source de bonheur narcissique. Pour conclure ce billet, toujours en citant Dolan, la plupart des choses dont nous pensons qu’elles rendent heureux ne le feront pas, ce qui rend heureux c’est se concentrer sur la personne qui est avec nous et sur ce que nous faisons qui nous fait plaisir. Je trouve particulièrement inspirant ces quelques énoncés pour faire des (petites) choses qui rendent heureux venant d’un économiste reconnu pour qui la recette du bonheur est du ressort du temps partagé plutôt que d’un matérialisme consommé.

Dolan, P. Happiness by design : finding pleasure and purpose in everyday life.(2015)

Student’s happiness by design

What if happiness could be programmed ? Sitting in a café in Harvard Square, I hear a group of students complaining about their courses, their lecturers and the superhuman amount of work that they have to do. Intrigued by this critical discussion, I approach them and initiate a conversation. These very open five students consisting of three guys and two girls of about twenty years-old who are in pre-med school and are therefore future doctors, confirm my first thought that life at Harvard is very difficult with the amount of intense work and intense competition. With little sleep, having to work late into the night, results which are rarely what one has hoped to achieve, the lecturers no longer give courses and teach in the TBL style; think Team-Based-Learning, meaning working as a team in order to engage students in deep learning, students have not other option but be extremely active in their learning experience.. How can one be happy with such a student life ? Moreover, what is most surprising is that these same students tell me that being happy is having the opportunity to study at Harvard University and to appreciate each day as having the opportunity to study there. In terms of the idea of happiness, they confuse the experience which, in this situation, is an experience of difficult, intense and demanding learning at Harvard Medical School which is perhaps the most prestigious medical school in the world. This is what Dolan (2015) calls confusion between the experience of happiness and the evaluation of what is supposed to make us happy. Does this mean that those students are unhappy at Harvard University? I do not think so because this is what makes sense for them. When one works hard to reach a goal which carries a certain meaning, this brings happiness because it determines a certain idea of happiness. On the other side, having to study something which seems futile and lacks meaning engenders a negative feeling which makes one unhappy. “Many things that one believes which makes us happier are transitory and can even negatively effect us  » explains Paul Dolan, a professor at the London School of Economics. If the students associate, for example, coveted access to a university as prestigious as Harvard, they forget about the excess work, the high stress levels and the intense competition which reigns in addition to the cost. There are however activities which always make us immediately happy according to Dolan. Listening to your favorite music, spending 5 minutes more with a friend, helping a student who needs it and experiencing something new are small things which also have the power to slow down the process of time and to make us happy.

Dear students, here are 5 tips to be happy in your studies, inspired by Dolan’s Happiness by Design:

  • Keep in mind the links between the various study subjects and your future profession
  • Regularly set aside a few minutes to listen to music that you love and that inspires you
  • Spend a little more time with people that you love and accord them a place in your life
  • Help your peers who are struggling in their studies as this will gratify you
  • Take new courses, new subjects, new teaching methods as well the opportunity to have new experiences

In his new book happiness by design (2015), Dolan explains that it is more important to change what we do rather than what we think. Paradoxically, helping a peer is an act that we do more for ourselves than for another person, as we egotistically derive a feeling of satisfaction and pleasure from it and it is therefore a source of narcissistic happiness. In conclusion, as Dolan always says, most things that we think make us happy, do not; what makes us happy is concentrating on the person with us and what we are doing which brings us pleasure. I find particularly inspiring this statement from a recognized economist who believes that we should do the (small) things which make us happy and he believes that the recipe for happiness is spending time together rather than material goods.

Dolan, P. Happiness by design : finding pleasure and purpose in everyday life.(2015)

 

Teaching Kindness to Students

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What if kindness was taught at our universities ? The tradition of Indian education voluntarily institutes a spiritual and emotional dimension to purely academic teaching. In a humanistic vision of education, we can begin to dream of developing solid academic skills in challenging courses while including the practice of kindness.

Just yesterday, I was flabbergasted to have a discussion with a young man who had just finished his university studies in economics who had downloaded, without any shame, the computer data belonging to one of his friends. Without disavowing the facts, he had no desire to apologize or any regrets whatsoever. He openly said that this stolen information amounted to several thousand contacts and would help him to boost his young startup. Between betraying and stealing from a friend or ensuring that luck is on his side, even dishonestly, to launch his startup, this well-brought up young man had no hesitation. I am astounded and frightened at this opportunistic and consumeristic attitude which has made the human values of honesty, friendship, respect and kindness fall by the wayside. Is this what we teach at university ? To succeed at any price and is this the cost of walking over others ? I don’t think so but nevertheless it seems to me that there is a lack at this level and there would be room to include the essential ideas of kindness in a university course. The need of a spiritual and emotional dimension in  study courses seems fundamental to me, in fact, an education solely based on academic skills is too narrow and is not sufficient in an ever complex world. For me, university training has two duties, the first to impart living knowledge and the second to recognize humanity as an intrinsic idea of compassion and kindness.

By teaching gratitude and compassion in university courses, students would gain the power to adapt to all situations, with all counterparts while demonstrating human and spiritual values. In a complex context which is continuously changing, students of today will occupy posts tomorrow which perhaps do not yet exist today and which they must prove adaptability and have multiple resources. Firstly, there is the education that is provided in our universities and then there are students who benefit from it, who are above all, human beings. I agree with the Dalaï Lama when he says that in his opinion, a good person is someone who has heart, a sense of engagement and a sense of responsibility, it is what he calls the compassionate heart. The combination of quality instruction and a compassionate heart results in educated and kind human beings. The  Dalaï Lama also mentions that this combination is the key to constructive and fulfilling knowledge enabling one to find respectful solutions to existing or new problems.

More and more positive psychological research demonstrates the scientific benefits of practicing kindness and gratitude to contribute to the fulfillment of being in one’s social, professional and personal life. What if the first teaching of kindness applied to students themselves ? How can one love and respect oneself if one does not love and respect others?

Ben-Shahar, T., & Collon, H. (Eds.). (2011). L’apprentissage de l’imperfection. Paris: Belfond.

Bienveillance et études

Et si l’on enseignait la bienveillance dans les hautes écoles ? La tradition d’éducation indienne associe volontiers une dimension spirituelle et émotionnelle à un enseignement purement académique. Dans une vision humaniste de l’éducation, on peut se mettre à rêver de développer des compétences académiques solides dans des cursus exigeants tout en inculquant la pratique de la bienveillance.

Pas plus tard qu’hier, j’ai été sidérée de discuter avec un jeune homme qui vient de terminer ses études universitaires en économie et qui a dérobé sans aucune vergogne des données informatiques appartenant à l’un de ses amis. Sans désavouer les faits, il n’a fait preuve d’aucun esprit de repentir ou de regret quelconque. Il dit ouvertement espérer que ces données volées qui touchent plusieurs milliers de contacts l’aideront à booster sa jeune startup. Trahir et voler un ami afin de mettre toutes les chances de son côté, malhonnêtement, pour lancer sa startup, voilà ce que ce jeune homme de bonne famille a fait sans aucune hésitation. Je suis à la fois consternée et effrayée de cette attitude consumériste opportuniste qui fait fi des valeurs humaines d’honnêteté, d’amitié, de respect et de bienveillance. Est-ce que c’est ce que l’on enseigne à l’université ? Réussir à tout prix, fût-ce au prix de marcher sur les autres ? Je ne le pense pas, néanmoins il me semble qu’il y a un manque à ce niveau et qu’il y aurait la place pour inculquer des notions essentielles de bienveillance dans un cursus universitaire. Le besoin d’une dimension spirituelle et émotionnelle dans les cursus d’études me semble fondamental, en effet, un enseignement basé uniquement sur des compétences académiques est trop étroit et ne suffira pas dans un monde toujours plus complexe. La formation universitaire a selon moi deux devoirs, d’une part enseigner un savoir vivant et d’autre part reconnaître l’humanité comme un tout indissociable des notions de compassion et de bienveillance.

En enseignant la gratitude et la compassion dans leurs cursus universitaires, les étudiants gagneraient le pouvoir de s’adapter à toutes les situations, avec tous les interlocuteurs tout en démontrant des valeurs humanistes et spirituelles. Dans un contexte complexe en changement continu, les étudiants d’aujourd’hui occuperont demain des postes qui n’existent peut-être pas encore et pour lesquels ils devront faire preuve d’adaptabilité et de ressources multiples. D’une part il y a l’instruction que l’on fournit dans nos hautes écoles et d’autre part il y a les personnes qui en bénéficient, des étudiants qui sont avant tout des êtres humains. Je rejoins le Dalaï Lama lorsqu’il dit qu’à ses yeux, un être bon est une personne qui a du cœur, un sens de l’engagement, un sens des responsabilités, c’est ce qu’il appelle le cœur de la compassion. La combinaison d’une instruction de qualité et d’un coeur de compassion a pour résultat des êtres humains instruits et bienveillants. Toujours selon le Dalaï Lama cette combinaison est la clé pour une connaissance constructive et épanouissante permettant de trouver des solutions respectueuses à des problématiques existantes ou nouvelles.

De plus en plus de recherches en psychologie positive démontrent scientifiquement les bienfaits d’une pratique de bienveillance et de gratitude pour contribuer à l’épanouissement de l’être dans sa vie sociale, professionnelle et personnelle. Et si le premier enseignement de la bienveillance s’appliquait aux apprenants eux-mêmes ? Comment s’aimer et se respecter si l’on n’aime ni ne respecte les autres ?

Ben-Shahar, T., & Collon, H. (Eds.). (2011). L’apprentissage de l’imperfection. Paris: Belfond

Mindset and success

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The learning experience shapes and conditions learners’ state of mind. Teachers sometimes have the tendency to underestimate the weight of words when they comment on students’ work. A seemingly harmless comment can, in reality, have a lasting and negative impact on the entire learning experience, even if the comment is positive. In fact, according to Carol Dweck (Dweck, 2008), a psychology professor at Stanford, it is imperative that teachers and educators realize the importance of the distinction between a praise comment on a result and a praise comment on an effort made. We have often criticized the Vaudoise mutation school, EVM, which attempted to revolutionize the Vaudoise education system at the end of the nineties. On behalf of cognitive psychology teachers, I would like to apologize for the way in which pupils’ performance is measured. In fact, when shortcomings were noted, the comment ‘skill being developed’ was then used. This corresponded to ‘not yet’ by Dweck and leaves the pupil with the possibility of reaching the knowledge acquisition necessary to scholarly success. This ‘not yet’ is in reality the opening for a student in a difficult situation to retain the thought that he can still succeed by delivering the required work.

Here are three significant points from the new psychology of success according to Dweck :

  • At any cost, avoid praising the pupil or student, by saying for example: ‘you are good at maths’, ‘you are gifted at languages’, ‘you are a good pupil’. In reality, these compliments are sentences which freeze learners instead of stimulating them to continue to pave the way to progression. In fact, they get the feeling that they can only disappoint and fare worse. These types of compliments induce a fixed state of mind in which progress is at a risk which could then cause lower intelligence.
  • Recognizing and valuing the effort made by the learner, by saying for example: ‘ you have made a big effort to pass your maths test and this has paid off’, or even ‘ all the work that you have put in reflects in your good results, this is excellent’. This allows the possibility to the learner to have a different learning experience with another result, while giving him the motivation to continue to put in work and effort. One must keep up this encouragement of effort and thus enable the expansion of the learner’s state of mind and the development of intelligence.
  • When results do not follow, this is the ‘not yet’ which will give the learner the motivation to continue to work to reach success. A student who fails, believes that he is not intelligent enough to succeed. Tell him that he is on the road to success which will leave an open door in his mind and give him hope that by working hard, he has a chance to succeed, which is generally the case unless the student is misdirected. This is what Dweck calls the power to believe that we can improve.

In some ways, it is a question of placing a distance between the effort supplied, the work accomplished, the results obtained and the learner as a person. Intelligence is not a fixed personality trait, it is constructed in the iterative process of reflection, questioning and assimilation. The ‘growth mindset’, which is difficult to translate, expresses an expanding state of mind. Faced with a problem, there are two possible attitudes, ‘Am I intelligent enough to resolve this problem ?’ reflects a fixed state of mind,  or ‘how am I going to try to resolve this reflects an expanding state of mind.

Dweck, C. S. (2008). Mindset : the new psychology of success (Ballantine Books trade pbk. ed.). New York: Ballantine Books.

 

Bienveillance et études

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Et si l’on enseignait la bienveillance dans les hautes écoles ? La tradition d’éducation indienne associe volontiers une dimension spirituelle et émotionnelle à un enseignement purement académique. Dans une vision humaniste de l’éducation, on peut se mettre à rêver de développer des compétences académiques solides dans des cursus exigeants tout en inculquant la pratique de la bienveillance.

Pas plus tard qu’hier, j’ai été sidérée de discuter avec un jeune homme qui vient de terminer ses études universitaires en économie et qui a dérobé sans aucune vergogne des données informatiques appartenant à l’un de ses amis. Sans désavouer les faits, il n’a fait preuve d’aucun esprit de repentir ou de regret quelconque. Il dit ouvertement espérer que ces données volées qui touchent plusieurs milliers de contacts l’aideront à booster sa jeune startup. Entre trahir et voler un ami ou mettre toutes les chances de son côté, même malhonnêtement, pour lancer sa startup, ce jeune homme de bonne famille n’a aucune hésitation. Je suis à la fois consternée et effrayée de cette attitude consumériste opportuniste qui fait fi des valeurs humaines d’honnêteté, d’amitié, de respect et de bienveillance. Est-ce que c’est ce que l’on enseigne à l’université ? Réussir à tout prix, fût-ce au prix de marcher sur les autres ? Je ne le pense pas, néanmoins il me semble qu’il y a un manque à ce niveau et qu’il y aurait la place pour inculquer des notions essentielles de bienveillance dans un cursus universitaire. Le besoin d’une dimension spirituelle et émotionnelle dans les cursus d’études me semble fondamental, en effet, un enseignement basé uniquement sur des compétences académiques est trop étroit et ne suffira pas dans un monde toujours plus complexe. La formation universitaire a selon moi deux devoirs, d’une part enseigner un savoir vivant et d’autre part reconnaître l’humanité comme un tout indissociable des notions de compassion et de bienveillance.

En enseignant la gratitude et la compassion dans leurs cursus universitaires, les étudiants gagneraient le pouvoir de s’adapter à toutes les situations, avec tous les interlocuteurs tout en démontrant des valeurs humanistes et spirituelles. Dans un contexte complexe en changement continu, les étudiants d’aujourd’hui occuperont demain des postes qui n’existent peut-être pas encore et pour lesquels ils devront faire preuve d’adaptabilité et de ressources multiples. D’une part il y a l’instruction que l’on fournit dans nos hautes écoles et d’autre part il y a les personnes qui en bénéficient, des étudiants qui sont avant tout des êtres humains. Je rejoins le Dalaï Lama lorsqu’il dit qu’à ses yeux, un être bon est une personne qui a du cœur, un sens de l’engagement, un sens des responsabilités, c’est ce qu’il appelle le cœur de la compassion. La combinaison d’une instruction de qualité et d’un coeur de compassion a pour résultat des êtres humains instruits et bienveillants. Toujours selon le Dalaï Lama cette combinaison est la clé pour une connaissance constructive et épanouissante permettant de trouver des solutions respectueuses à des problématiques existantes ou nouvelles.

De plus en plus de recherches en psychologie positive démontrent scientifiquement les bienfaits d’une pratique de bienveillance et de gratitude pour contribuer à l’épanouissement de l’être dans sa vie sociale, professionnelle et personnelle. Et si le premier enseignement de la bienveillance s’appliquait aux apprenants eux-mêmes ? Comment s’aimer et se respecter si l’on n’aime ni ne respecte les autres ?

Ben-Shahar, T., & Collon, H. (Eds.). (2011). L’apprentissage de l’imperfection. Paris: Belfond

About pedagogical solitude

We often hear unwelcome criticism and comments against faculty. When it comes to their use of time, the length of their holidays and their job security, teachers are regularly exposed to inelegant attacks. In my opinion, these comments are unfounded and the authors know nothing about the hidden aspect of the most beautiful profession in the world. In fact, these outside observers rarely notice the striking isolation which surrounds teachers as soon as they begin their careers (Shulman, 1993)! Almost all activities linked to teaching are planned and organized in such a way that it institutionalizes the isolation of a teacher. It is not common to discuss teaching issues with their colleagues. The idea that teaching activity is relatively private and increases individual academic freedom, is relatively widespread. So, where does one find answers to their teaching questions and how do they receive feedback regarding these teaching practices if they do not have the opportunity to discuss and debate ?(Berthiaume & Rege Colet-Johnson, 2013) This is the paradoxical situation in a profession in which one must demonstrate leadership qualities while accepting that they are a rogue in an educational system to which they belong.

This very real loneliness reinforces an increasingly individualist approach to the profession. Thus, in a society where students keep their resources in shared files such as dropbox, it is up to teachers to inspire them. In fact, in a context where activity production is becoming increasingly time-consuming, it is, more than ever before, important for teachers to share their resources and productions. In fact, to juggle between the appropriation of new teaching channels and to externalize teaching and habitual tasks, it becomes imperative to enter into a sharing logic and pedagogical philosophy.

Besides, the need to share, to exchange, to learn from one’s peers is increasingly done on the spot and to bring about the almost spontaneous creation of practical communities among faculty. Take, for example, the teachers who make use of the flipped classroom approach and who realize how externalizing knowledge in video clips important is in order to optimize teaching time. These teachers invest in group time (I know this because I am one of them) in the teaching of new softwares, such as camtasia, which allow them to create videos almost professionally in order to put them online for their students. As an educational developer, I am often impressed by faculty who produces clips which are worthy of professional montage videos!  Most of these faculty members are happy to allow both their colleagues and students to take advantage of them. I am therefore happy to say that in the context of the flipped classroom philosophy, there is a blossoming of new practical communities in all teaching contexts: physics, hydrogeology, foreign languages, signal processing,…

Communities of practice are used (Berthiaume & Rege Colet-Johnson, 2013)

  • To learn from one’s colleague
  • To share resources
  • To improve productions
  • To benefit from others’ experiences
  • To share new productions

In my opinion,  teachers are more than ever essential for students, in  a flipped classroom class as they take a role of transmitter , guide and companion. To this end, I believe that the more technology takes its place in higher education  and the more intense the human interaction is, especially with the blossoming of communities of practice. Who would have said that computers would replace teachers ?

Berthiaume, D., & Rege Colet-Johnson, N. (Eds.). (2014). La pédagogie de lenseignement supérieur : repères théoriques et applications pratiques. Bern: P. Lang.
Shulman. (1993). Teaching as Community Property, Putting an End to Pedagogical Solitude.Change, 25(6).

We can’t prevent students from dreaming

When teachers share their irritation with me when they surprise students on their mobiles during lessons, I can’t help but smile. It is of course annoying to note that students’ attention is not focused on where teachers wish it to be directed. It should be noted, however, that even though we always spoke of a student having a 20 minute attention span, the average attention span is in free fall and figures such as 7 minutes attention span have been quoted. However, as the title of this article indicates, we have never stopped a student from dreaming, and this has been well before the advent of Facebook and smartphones.

But what has changed and what do we do when faced with this situation? How do we prevent our students from looking at their Facebook or sending texts during lessons ? How do we stimulate their attention for more than 7 minutes at a time ? These are the questions that need asking. I happened to attend some lessons myself and put myself in the students’ shoes… and I also sometimes understand their impatience and their need to concentrate on something else other than listening to their teacher speaking. In a paradigm shift in higher education, the academic stance which consists of teaching stand and deliver lectures obsolete and it is urgent to consider  teaching strategies centered on the learning experience and include interactivity during lessons. I see 3 reasons why :

  • Research tells us that students in an interactive teaching situation have more chances of succeeding in their studies. A meta-analysis by Freeman (2014) shows us that students in a purely stand and deliver learning environment have 1.5 more risk of failing than those in an interactive learning environment in scientific fields. Which makes us think.
  • When students are confronted with personal activities which are stimulating and intriguing, they invest themselves voluntarily in the work.Reverse education is a state of mind (the English mindset) whose principle is to externalize the transmission of knowledge and to use personal time to mobilize higher cognitive functions with engaging activities. The students are engaged in activities, most often as a team, which demand attention and do not leave room for anything else.
  • The teacher’s role passes from bearer of knowledge to stage, the English ‘sage on stage’, to companion and the awakener who remains in the background to assist students in their progress; it is the English ‘guide on the side’.

I have been delighted to read in the STRANES report ‘For a learning society’ (September 2015) that access to the Internet could be authorized in the exam context. It will soon be two years that I have been allowing my students to consult anything that they wish, except their classroom peers, during tests. The consequence is that I must reflect on which examination questions must remain in comprehension tests and reasoning quality and not just regurgitation. In conclusion, tests are more interesting to do for students and more interesting to read for the teacher who must evaluate them.

For a learning society, propositions for a national strategy of higher education, the national education minister of higher education and research. (September 2015)