Archives mensuelles : avril 2015

Au cœur de tout enseignement : une expérience d’apprentissage qui fait du sens…

 

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En tant qu’enseignants du supérieur, nous devons former nos étudiants à développer des compétences pour leur donner des outils efficients pour vivre et évoluer dans un monde avec une complexité grandissante et les préparer à affronter des problématiques futures pas encore nées. Quel enseignement peut-il préparer nos étudiants à relever de pareils défis ? La réponse est cinglante : aucun ! Mais alors me direz-vous, comment préparer nos étudiants à devenir la relève et comment leur enseigner à surmonter des obstacles futurs encore inconnus à ce jour ? Une seule réponse me semble pertinente, mettre au cœur de tout enseignement la question du sens dans l’expérience d’apprentissage, pourquoi se former à telle ou telle discipline fait du sens, en quoi l’enseignement de mon champ disciplinaire fait-il du sens pour mes étudiants ? Comment leur faire comprendre le lien entre ce que je vais leur enseigner, ce qu’ils vont apprendre dans mon cour et ce qui fait du sens pour eux aujourd’hui et en fera demain ?

Pour mettre au centre de la question éducative le sens de tout enseignement, il faut commencer par arrêter de prétendre que…

  • Il faut arrêter de prétendre qu’il est normal de faire acheter des livres qui coûtent des centaines de francs et que les étudiants ne consulteront de toute manière pas car leur source principale d’information est internet. Ne devrait-on pas plutôt repenser nos contenus en fonction des ressources numériques existantes : vidéos, lectures interactives, annotations,.. ?
  • Il faut arrêter de prétendre qu’obtenir un diplôme dans certaines écoles ou universités réputées implique automatiquement une meilleure formation. C’est l’engagement des étudiants dans leur expérience d’apprentissage qui fera la différence ! Une école qui permet aux étudiants stratégiques de réussir leurs examens sans expérimenter un apprentissage en profondeur n’est à mes yeux pas garante d’une formation de qualité.
  • Il faut arrêter de prétendre qu’il est normal qu’il y ait encore des enseignements ex-cathedra longs, insipides et ennuyeux pendant lesquels les étudiants n’ont pas la possibilité d’expérimenter un apprentissage interactif. Toutes les récentes recherches en pédagogie universitaire démontrent l’avantage de l’interactivité pendant les cours comparé à un enseignement purement transmissif.
  • Il faut arrêter de prétendre que la question de l’apprentissage appartient aux étudiants et celle de l’enseignement aux professeurs. Le monde de l’éducation a le devoir de créer des environnements d’apprentissage stimulants, en phase avec la réalité des étudiants, et qui favorisent la meilleure compréhension et la meilleure acquisition de la connaissance à long terme et en profondeur. Les questions en lien avec la notion de Personal Learning Environment deviennent prépondérante en pédagogie universitaire.

Les 4 points ci-dessus, qui se veulent provocateurs, illustrent bien le changement de paradigme dans lequel nous vivons. Puisque le système encourage et soutient des carrières d’enseignants pour une vie entière,  la question de la formation des enseignants devient essentielle dans le paysage en évolution de l’enseignement supérieur.  J’irai jusqu’à affirmer que même s’il est encore possible, et peut-être parfois même souhaitable, d’enseigner sans s’appuyer sur la technologie, l’expérience d’apprentissage des étudiants quant à elle passe désormais par la technologie, qu’on le veuille ou non. Dès lors, la véritable question qui est au centre de cette problématique concerne selon moi la formation des enseignants ! D’après mon expérience et de manière générale les enseignants ne sont pas férus de technologie sauf lorsqu’ils perçoivent un intérêt réel pour leur enseignement. Ainsi donc peut-on être tenté de penser qu’il suffit d’offrir aux enseignants des formations à visée pratique qui donnent des outils technologiques permettant de cibler des expériences d’apprentissage en profondeur chez les étudiants. Chez les 148 enseignants de la HES-SO formée à la classe inversée, près de 90% disent en avoir retiré des informations utiles pour leur pratique enseignante… prouvant ainsi le bienfondé d’une politique institutionnelle de la formation continue du personnel enseignant.

Pour former nos étudiants à la réalité de demain, il est urgent d’apprendre à parler le même langage et il est incontournable d’utiliser les mêmes canaux pour véhiculer un savoir vivant, favorisant ainsi une expérience d’apprentissage en profondeur. Arrêtons de prétendre que la manière dont nous avons toujours enseigné reste valable aujourd’hui et commençons à repenser l’enseignement de savoirs bien vivants à l’ère de la génération 3.0 !

Je vous invite à visionner le Ted talk de Scott Macleod qui a inspiré ce billet : https://www.youtube.com/watch?v=GyIl4y_MRbU

Humiliation is never ok!

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As an educational developer I often do class observation where I try to become a resource fostering faculty professional development. I behave as a critical friend and give faculty feedbacks in order to try to promote reflective practice, it may be particularly useful for new hired faculty. Not long ago, I was doing a class observation during which, in my opinion, the professor humiliated one student, even if he was not intending to do so. Indeed a student asked a question about a technical concept he didn’t understand. He received a very bad answer which was: ‘I have just explained that concept! How many times do I have to repeat the same things over and over again so that you understand them Mister X.?’ Moreover, the teacher didn’t hide that this question was getting on his nerves. What emotion can a student feel under such a circumstance? Undoubtedly he couldn’t have felt positive, yet positive energy is so important to motivate a student to experience deep learning.

When I gave my feedback about this class observation, I tried to let the concerned faculty member experience an emotion close to the one experienced by his student. I then asked the following question:’ As new faculty, you have been attending 6 days of professional development so far, which is good, but in your opinion how many more days of professional development would you need to apply the taught concepts and teaching strategies in your daily practice?’ the first reaction was made of astonishment and embarrassment, which allowed us to engage in a very constructive discussion. I sincerely hope to have arisen this teacher’s awareness about the importance of warm-heartedness in teaching.

I am deeply inspired by Richard Curwin’s work (Curwin, et al., 2008) to find ways to help faculty practice warm-heartedness in their teaching and in their relationships with students. Here are the 6 basic pieces of advice inspired by Curwin which I try to promote as an educational developer:

  1. On no account embarrass your students! It’s completely inadequate and unacceptable in my opinion.
  2. Keep communication between you and your students private when talking about inappropriate behaviour or academic progress.
  3. Avoid sarcasm, even if your students might seem to like it. Students often save face by hiding how humiliated they really feel.
  4. Always give students the right to pass when you call upon them in class.
  5. Never praise a student for doing a simple task. This only makes your student feel that you have low expectations for him.
  6. Ask students to write you an anonymous note about anything that they might find humiliating or embarrassing in class, you might be surprised by their observations.

Listening carefully and behaving cheerfully create the best conditions to promote a safe learning environment and thus strengthen deep learning. A bad comment from a teacher can humiliate and lower a student’s self-esteem for his entire life! Every student in school deserves the right to feel emotionally safe from embarrassment  and humiliation by students. When this principle is violated, not only does academic performance decline, but also students might be hurt for the rest of their life. Every student deserves to be treated with respect and warm-heartedness, as educators, it is our duty to do so!

Curwin, R. L., Mendler, A. N., & Mendler, B. D. (2008). Discipline with dignity : new challenges, new solutions (3rd ed.). Alexandria, VA: Association for Supervision and Curriculum Development.

 

Il n’est jamais permis d’humilier un étudiant !

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En tant que conseillère pédagogique, je pratique régulièrement des observations en classe. Il s’agit alors pour moi d’adopter une posture d’ami critique et de donner aux enseignants, le plus souvent à leurs débuts, des éléments d’observation utiles pour déclencher une pause réflexive constructive. J’ai dernièrement assisté à un cours lors duquel l’enseignant a selon moi humilié un étudiant, même si de manière involontaire. A l’étudiant qui exprimait son incompréhension face à un concept technique, l’enseignant a rétorqué la petite phrase assassine suivante :’ Je viens de l’expliquer ! Combien de fois faut-il vous répéter les choses pour que cela entre chez vous Monsieur X ?’. Inutile de préciser la pointe d’agacement perçue dans le ton de cette phrase apparemment anodine et pourtant lourde de sous-entendus. Que peut ressentir l’étudiant suite à un tel commentaire ? Assurément pas une énergie positive nécessaire à la motivation d’apprendre.

Lors du debriefing de cette observation en classe, j’ai essayé de faire vivre à cet enseignant une émotion proche de celle que son étudiant a pu ressentir. Je lui ai donc posé la question suivante: ‘A ce jour vous avez suivi 6 journées de formation pédagogique, ce qui est un bon début, mais à votre avis combien devriez-vous en suivre pour réellement mettre en pratique les concepts et stratégies pédagogiques abordés pendant ces formations ?’. Passé la surprise, et suite à notre discussion la réaction de l’enseignant a été constructive ! J’ose espérer qu’il ait pris conscience de l’importance de la bienveillance dans son enseignement.

Je m’inspire de Richard Curwin (Curwin, Mendler, & Mendler, 2008) pour aider les enseignants à pratiquer la bienveillance envers leurs étudiants et je leur donne les 6 conseils suivants !

  • Ne jamais mettre les étudiants dans l’embarras, sous aucun prétexte
  • Discuter en privé avec les étudiants en cas de problèmes d’attitude ou de difficultés académiques
  • Eviter le sarcasme, et cela même si les étudiants semblent l’apprécier. Le plus souvent ils font bonne figure à mauvais jeu pour cacher leur sentiment d’humiliation
  • Donner la possibilité aux étudiants de passer leur tour et de ne pas répondre à une question
  • Ne louez pas les mérites d’un étudiant pour la réalisation d’une tâche simple car il aurait le sentiment que vos attentes envers lui sont faibles
  • Proposez à vos étudiants de vous écrire de manière anonyme au sujet de ce qu’ils trouvent humiliant ou embarrassant. Vous serez peut-être surpris de leurs réponses !

La bienveillance et l’écoute créent un climat d’apprentissage sécurisant favorisant ainsi une expérience d’apprentissage en profondeur. Une petite phrase assassine de la part d’un enseignant peut ‘casser’ à vie l’estime de soi d’un étudiant ! Chaque étudiant a le droit d’être traité avec respect et bienveillance par ses enseignants !

Curwin, R. L., Mendler, A. N., & Mendler, B. D. (2008). Discipline with dignity : new challenges, new solutions (3rd ed.). Alexandria, VA: Association for Supervision and Curriculum Development.

Putting students at the heart!

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Putting Students at the heart of the flipped classroom allow them to be considered as learners with specific learning profiles, specific needs, expectancies, strengths and weaknesses. They are treated as individual partners rather than as a group of learners.. Engineering students have different learning profiles from Economy students or nurses for instance and therefore need different learning environments. Having in mind to integrate John Biggs constructive alignment in my teaching (Biggs, 2003)  I always consider learning outcomes and assessment before starting to think about teaching strategies, in other words I take into consideration the backwash effect to build my teaching according to my students’ profiles. My students are intended to become engineers and usually have a former professional experience as they are enrolled in a university of applied sciences. Some of them have experienced traumatic former schooling which has lead them to stop studying for a while, as a consequence, their coming back to university may become very challenging for them. A flipped classroom creates a safe learning environment in which mistakes and misconceptions are welcome and exploited to build knowledge and foster deep learning. Thus we can definitely say that a flipped classroom environment promotes trust and self-confidence on the students’ side. In addition, such a teaching and learning environment gives teachers a lot of flexibility to individualize their teaching to fit their students’ needs, however, students’ learning profiles and learning outcomes must be clearly defined at a first step, giving then the opportunity to each one to make progress at their own pace.

When I first meet my students, at the beginning of each term, I invite them for an individual interview in order to get to know each other better and to have a chance to identify their expectations and former learning experience at the very beginning of our partnership.

Prior to the first day of teaching, my questions are: Who are my students? What are their needs and expectations? What are my course learning outcomes? How will I be able to tailor my teaching to my students’ needs and what teaching strategies will I apply? How will I measure their progression and how will I measure my efficiency as a teacher?

Biggs, J. B. (2003). Teaching for quality learning at university : what the student does (2nd ed.). Buckingham ; Philadelphia, PA: Society for Research into Higher Education : Open University

Les étudiants au coeur de la classe inversée!

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Les étudiants, au cœur de la classe inversée, ont un profil d’apprenant spécifique, des besoins, des attentes, des forces et des faiblesses qui leurs sont propres. De futurs ingénieurs n’ont pas les mêmes attentes ni les mêmes besoins que de futurs économistes ou sages-femmes. Dans la perspective de créer un alignement pédagogique de mon cours selon Biggs (Biggs, 2003) pour tenir compte des buts, de la méthode et de l’évaluation, j’ai construit ma scénarisation pédagogique à partir des objectifs d’apprentissage tout en tenant compte des spécificités de mes étudiants. Mes étudiants sont de futurs ingénieurs qui ont le plus souvent une expérience professionnelle antérieure, certains d’entre eux ont eu une scolarité obligatoire difficile qui les a conduit à arrêter leurs études, par conséquent revenir sur les bancs d’école représente un défi certain pour eux. La classe inversée offre un cadre sécurisant, dans lequel les erreurs sont bienvenues et même exploitées pour démonter les fausses représentations.  De plus, ce contexte donne une très grande flexibilité à l’enseignant et permet d’enseigner de manière individualisée et ciblée pour autant que les besoins, les problèmes, les profils d’apprenants et les objectifs d’apprentissage soient finement identifiés et considérés. En début d’année, j’ai convié chacun de mes étudiants à un entretien individuel d’une dizaine de minutes afin de faire connaissance et de comprendre les besoins et les attentes de chacun d’entre eux.

Les questions à se poser : Qui sont mes étudiants ? Quels sont leurs besoins ? Quelles sont leurs attentes ? Quels sont les objectifs d’apprentissages qu’ils devront atteindre ? Quel type d’enseignement individualisé vais-je pouvoir offrir ? Et comment ?

Biggs, J. B. (2003). Teaching for quality learning at university : what the student does (2nd ed.). Buckingham ; Philadelphia, PA: Society for Research into Higher Education : Open University Press.

Technology isn’t innovation!

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There is a common confusion among faculty between technology and innovation in pedagogy. As a result, pedagogy may be damaged and it’s a pity! Indeed, there’s no benefit in putting old wine in new bottles as Harvard University Eric Mazur says. It has occurred to me during class observation that faculty may take over technological tools to substitute old ways of teaching with new ones, which may result in giving them a sense of satisfaction. For instance, this is what happens when faculty send work to students by email rather than explaining what to do during a class session. Another example is when faculty use clickers to have students vote instead of asking them to raise their hands.  In both those examples, technology doesn’t add much except maybe the (wrong) feeling of self-improvement in one’s teaching routine.

Technology makes sense and adds value to teaching when it serves the discipline which can then be taught through another dimension which wouldn’t be possible without technology. I often use Puentedura SAMR model as an educational developer when I train faculty, in order to let them situate their teaching compared with SAMR 4 levels, substitution, augmentation, modification and the fourth level of redefinition. The highest level of redefinition is my favourite as it relates to Marcel Lebrun second level of the flipped classroom. Learning activities at this level wouldn’t be possible without technology. At the level of redefinition in the SAMR model, students are expected to mobilize high cognitive skills, such as analysing, synthesising, evaluating and creating according to the revised model of Benjamin Bloom’s taxonomy. In such an activity, for instance students may be expected to create a video documentary illustrating essential concepts of a specific discipline, in particular when building their knowledge on external resources. The video itself becomes the proof of students’ achievement and understanding of the material.

Powerpoint is nothing but a presentation tool, and technology is nothing but a set of educational tools promoting new ways of elaborating efficient teaching strategies in order to promote students’ engagement and deep learning. Educational technology can then promote new teaching strategies fostering progress through interactive teaching and deep learning.

To go further with Puentedura’s SAMR model :

https://sites.google.com/a/msad60.org/technology-is-learning/samr-model

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