5 questions pour soutenir l’apprentissage

L’apport du questionnement relève de Socrates et est toujours aussi précieux pour guider l’expérience d’apprentissage . Pour ceux qui lisent mes billets, j’ai déjà évoqué à plusieurs reprises l’importance de la réflexivité dans toute forme d’enseignement. Il existe toutefois différentes manières de questionner pour stimuler l’apprentissage. Il y a les questions relatives au champ disciplinaire (pour vérifier l’acquisition de connaissances) et puis il y a celles qui portent sur une dimension plus personnelle de l’apprentissage (pour vérifier la compréhension en profondeur), et c’est bien de celles-là dont il s’agit dans ce billet.

Lorsque j’ai commencé à demander à mes étudiants ce qu’ils aimaient ou non, ce qu’ils trouvaient facile/difficile dans mon cours, force a été de constater que mes suppositions préalables étaient très souvent erronnées. En d’autres termes, les étudiants identifiaient des éléments de leur expérience d’apprentissage que j’avais sous-estimé ou même tout simplement omis de prendre en compte.

Depuis ce constat, j’intègre désormais des pauses réflexives régulières dans mon enseignement, ce qui permet à mes étudiants de prendre du temps pour réfléchir, s’interroger, mémoriser et intégrer la construction de leurs connaissances et apprendre à connaître ses forces, ses faiblesses d’apprenant. Les cinq questions ci-dessous ont pour but de les aider à identifier leurs profil d’apprenant et à faire des liens avec leurs connaissances préalables.

Voici 5 questions-clé pour favoriser la réflexivité des apprenants :

  • Qu’avez-vous trouvé intéressant, intriguant ou au contraire ennuyeux dans mon cours ? Pourquoi ? Qu’avez-vous trouvé facile/difficile dans mon cours et pourquoi ?
  • Si vous étiez à ma place d’enseignante, la veille du même cours, qu’est-ce que vous feriez différemment et pourquoi ?
  • Quel conseil donneriez-vous à un étudiant venu de l’étranger pour suivre mon cours ? Qu’est-ce qui d’après vous pour l’aider à réussir et pourquoi ?
  • Qu’avez-vous appris d’utile ? Quel lien faites-vous avec votre futur professionnel ?
  • Qu’est-ce que vous souhaitez apprendre dans cette branche ? Quel genre de problème aimez-vous résoudre ?

L’art de questionner, c’est avant l’art d’écouter et écouter c’est d’abord se taire. Même si cela peut paraître évident, ce n’est pas si simple car l’enseignement suppose d’être actif, notamment dans une posture classique transmissive et réactive. En réalité, pratiquer les pauses réflexives dans l’esprit socratique de la maïeutique consiste à adopter une posture bienveillante, c’est-à-dire une capacité de l’enseignant à se mettre à la place de ses étudiants, à adopter leurs grilles de lecture et à ressentir leurs sentiments et émotions. Cette bienveillance stimule une authenticité de part et d’autre en lien avec une confiance et un respect mutuel. Dans un tel environnement d’apprentissage, les étudiants n’ont pas peur de s’exprimer, de faire des erreurs et de recevoir du feedback constructif, offrant ainsi non seulement une attention portée à toutes les dimensions de l’apprentissage mais également une aide réelle à la réussite.

Lafortune, L., Jacob, S., & Hébert, D. (2000). Pour guider la métacognition. Québec : Presses de l’Université du Québec.

 

 

Teaching and learning in higher education: the magic of flipped learning

A flipped course is designed so as to engage the students in an in-depth learning experience. In such a learning environment, it’s interesting to observe how the in-class and remote activities are linked and how the students work in teams throughout the semester. More than a revolution, the flipped classroom model is an evolution in teaching that takes into account the characteristics of new generations of learners and the externalization of knowledge in the digital world.

When the printing press appeared, at the end of the sixteenth century Montaigne proclaimed loud and clear in his essays that he preferred a fully developed mind to a head full of facts, a mind which knows how to reflect rather than to accumulate knowledge, a mind that knows how to find facts rather than to memorize them. Today, students have on their computers all the knowledge available and search engines can find information faster than any experienced competent librarian could ever do. In his essay on the “Petite poucette or Tom Thumb” generation, these young people who type messages with their thumbs on their telephones at a disconcerting speed, Serres (Serres, 2013) goes so far as to say that the computer houses and operates what we formerly called our faculties. Freed from the obligation to learn, retain, and “regurgitate” knowledge, here is an amazing opportunity to rethink, to create and reinvent the articulation and understanding of the world.

In my flipped classroom students work in teams and, together, they solve problems, discuss and run critical writings together; their learning is even assessed on the basis of their teamwork. An empty chair at each table welcomes the teacher when a group poses a comprehension question or calls for clarification. The discussions, explanations and demonstrations are so animated and cheerful that it is hard to believe that there are not only students around the table. We see here a genuine partnership between students and teachers who are both seeking the same goal: understanding the subject matter. By putting the teachers at the same level in space as the students we foster cooperative work among all the members of a team. The teacher is part of the team and is treated as a resource in the same way as any other member of the team. Admittedly, we should nevertheless consider the quantity of resources necessary for the guidance of such a framework and, furthermore, the students’ motivation to adhere to it. The time invested during the running of the course and the availability of the teachers and assistants are likely to be major challenges for many institutions wishing to set off on such an adventure. Nonetheless, we can only underline the fact that in a flipped classroom, the learning experience of the students develops in a hybrid environment that is in phase with its time, promoting deep learning through stimulating activities in which the students have no choice but to be involved.

 

Dumont, A., Berthiaume, D. (2016) La pédagogie inversée: enseigner autrement dans le supérieur. Chapitre 6 Bruxelles: De Boeck.

Méthode des cas et travail collaboratif

A la veille de la rentrée universitaire, quoi de plus normal que de repenser ses stratégies d’enseignement… Dans un contexte où la digitalisation et l’externalisation des savoirs est omniprésente, il est impératif de repenser son enseignement en présentiel afin de donner de réelles occasions d’apprendre aux étudiants. Parmi les activités interactives pour engager les étudiants dans une expérience d’apprentissage en profondeur (par opposition à un apprentissage de surface) et pour expérimenter le travail collaboratif, il en est une que j’affectionne particulièrement : la méthode des cas !

Mais de quoi parle-ton au juste ? La méthode des cas est une stratégie d’enseignement de groupe qui vise à mettre en pratique des éléments théoriques par l’entremise d’une situation réelle ou réaliste à la fois complexe et problématique. C’est au 19ème siècle déjà, que cette philosophie d’enseignement est pratiquée à la Harvard Law School. Cette façon d’enseigner est bien connue dans les facultés de droit du monde entier. Il me semble important de réfléchir à la manière de la mettre en pratique dans n’importe quelle discipline, en effet résoudre des problèmes propres à un champ disciplinaire en faisant des liens avec la théorie donne du sens à l’expérience d’apprentissage des étudiants. On met un peu moins souvent en lumière les bénéfices de cette approche pour développer des compétences transversales de communication et de gestion d’équipe.

Les étudiants sont amenés à prendre conscience d’un problème à partir de l’analyse multidimensionnelle et itérative d’une situation donnée. La méthode de cas permet d’amener des éléments théoriques en perspective avec la recherche  collaborative de solutions efficaces crédibles.

Dans un monde défini comme VUCA, Volatile, Uncertain, Complex and Ambiguous, selon le rapport du World Economic Forum de janvier 2016 sur l’éducation, il est urgent d’amener les étudiants à développer leur esprit critique, leur curiosité et leur capacité à imaginer des solutions innovantes. En d’autres termes, leur permettre de développer cette compétence d’agilité et d’esprit à la fois critique et créatif, indispensable pour appréhender la complexité du monde de demain. Les enseignants des générations précédentes à la génération Z, soit celle des étudiants nés dans les années 90, pouvaient s’attendre à ce qu’ils enseignaient durent toute la vie. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et les enseignants doivent préparer leurs étudiants pour des métiers qui n’existent pas encore, des technologies qui n’ont pas encore été inventées et des problèmes dont on ignore encore qu’ils pourront exister un jour selon Andréas Schleicher, ex-Directeur Education de l’OCDE !

A ces compétences-clés, il faut ajouter la capacité incontournable à travailler en équipe de manière harmonieuse et efficace. Travailler collaborativement s’apprend principalement par l’expérience est un facteur-clé dans la réussite d’une organisation. La méthode de cas se pratique essentiellement par équipe et met les étudiants en posture de gestion de projets. Faire travailler ensemble les meilleurs étudiants ou les top managers n’est pas un facteur de succès, mais plutôt d’échec selon une recherche menée à l’université de Berkeley. Un des objectifs-clé de la méthode de cas est justement l’apprentissage du travail collaboratif. La méthode des cas permet à l’enseignant de créer des équipes hétérogènes en mélangeant les étudiants de manière à optimiser leur expérience d’apprentissage non seulement du champ disciplinaire mais aussi les compétences transversales de bienveillance, d’écoute et d’estime de soi.

Repenser les activités en présentiel pour créer une expérience d’apprentissage en profondeur et stimulante par la méthode des cas est selon une excellente manière de commencer la nouvelle année académique !

Références:
Journal of Personality and Social Psychology (2016) Vol. 110, No. 2, 261–286 Failure at the Top: How Power Undermines Collaborative Performance John Angus D. Hildreth and Cameron Anderson University of California, Berkeley

Se former à la pédagogie de l’enseignement supérieur (2016), collection Performa, chapitre 5 La méthode de cas par Louise Ménard.

 

4 forces d’enseignants inspirants

Après 15 années de conseil pédagogique et le suivi de plus d’une centaine d’enseignants dans leur pratique professionnelle, je me suis souvent posé la question de savoir ce qui distingue un enseignant d’exception des autres. Il n’y a pas un profil type qui se dégage uniformément, mais plutôt un certain nombre de traits en lien avec la personnalité des enseignants d’exception que j’ai eu la chance de côtoyer et qui m’ont marquée.
Voici 4 aspects de leur manière d’enseigner qu’il me semble intéressant de mettre en lumière et dont certains rejoignent la référence citée à la fin de cet article.

  • La confiance à tous les niveaux, confiance en soi, confiance dans son niveau de compétence pédagogique et son niveau de connaissance disciplinaire, à celles-ci s’ajoute la confiance en la capacité de ses étudiants à atteindre les objectifs d’apprentissage visés. La confiance est une compétence-clé difficile à décrire mais essentielle pour optimiser des occasions d’apprendre durablement. J’ai souvent pu observer l’effet magique de cette compétence de l’enseignant se propager parmi ses étudiants et augmenter ainsi leur réussite académique. Cette confiance s’apparente à ma croyance profondément ancrée depuis toujours selon laquelle chaque étudiant peut réussir, chacun à son rythme, chacun à sa manière pour autant qu’il y ait une confiance mutuelle. Confiance et respect mutuels nourrissent le cercle vertueux de l’implication.
  • Curiosité et attirance pour les controverses du champ disciplinaires sont deux aspects que j’ai régulièrement observés. En effet, les enseignants qui m’ont le plus marquée sont majoritairement des experts qui suivent l’évolution des connaissances dans leur domaine et qui s’intéressent aux controverses, à l’histoire, aux discussions épistémologiques en lien avec celui-ci. La curiosité semble être un trait de caractère prédominant, et ces enseignants que je qualifie d’exceptionnels ont souvent un intérêt marqué dans d’autres domaines, parfois très éloignés de leur domaine d’expertise. La pêche à la mouche pour tel ingénieur des réseaux ou encore l’histoire des religions pour une enseignante de mathématiques. Ces personnes démontrent une pensée originale et une capacité souvent innée de développer une pensée métacognitive, soit la faculté de prendre de la distance avec ses pensées. J’ai souvent pu observer une compréhension intuitive d’avoir recours à des techniques pédagogiques qui facilitent processus d’apprentissage de leurs étudiants.
  • De spécialiste d’un domaine à facilitateur de la compréhension de celui-ci. Un point commun chez ces professeurs réside dans la capacité à se transformer en facilitateurs qui savent simplifier et clarifier des sujets complexes afin de favoriser la compréhnesion. Ce sont en quelque sorte des éveilleurs qui savent intuitivement comment s’y prendre pour amener leurs étudiants à appréhender la complexité d’un champ disciplinaire en les faisant passer par un chemin balisé d’étapes simples et atteignables.

 

  • Ces enseignants-là n’aiment pas mettre des notes. Un autre aspect m’a souvent frappée concernant la partie administrative et la notation des résultats pour mesurer l’atteinte des objectifs pédagogiques. Effectivement selon mon observation, ils semblent plus intéressés à faire évoluer la construction de la pensée et donc de la connaissance de leurs étudiants qu’aux résultats académiques en eux-mêmes. Ces enseignants sont peu intéressés par les notes de leurs étudiants, par contre ils vont chercher des preuves de leur compréhension de manière tangible, souvent en temps réel. Ils se soumettent à l’exercice de la mise des notes plus par obligation administrative que par intérêt car ils savent où en est l’expérience d’apprentissage de leurs étudiants sans avoir besoin de se référer à une notation.

In fine, je peux affirmer aujourd’hui, après plus de quinze années de conseil pédagogique, que les enseignants qui ont une influence durable, réelle et positive sur la manière dont leurs étudiants pensent et agissent sont exceptionnels. Leur enseignement vise à créer des occasions d’apprendre stimulantes dans lesquels l’erreur est encouragée et optimisée pour déconstruire les fausses idées et reconstruire un savoir en profondeur. Comme le disait Kazantzakis, les meilleurs professeurs sont ceux qui savent se transformer en ponts et invitent leurs étudiants à les franchir pour construire leur connaissance. La bonne nouvelle réside dans le constat que les enseignants d’exception sont bien plus nombreux que ce que l’on pourrait croire…

http://www.teachthought.com/pedagogy/8-characteristics-of-a-great-teacher/

OERs for teaching and Learning

OERs, an acronym which stands for Open Educational Resouces, allow teachers to do in tier teaching everything internet enables ! Education has never been so democratic thanks to OER, and I think it is now teachers‘ responsibility to integrate suche costless and numerous resources in their teaching practice. However, adding these resources in my teaching hasn’t been a conscious and deliberate choice, but rather a natural evolution of my pedagogical choices. Nevertheless, I couldn’t say that I am a geek teacher keen on technology, but I am willing to optimize my students’ learning experience and when technology helps, I become an enthusiastic adopter.

Here are the three rules I try to follow with OERs :

  • The choice of OER is crucial. I think it’s very important to select the right source of information, if possible with scientific references. I am fond of Itunes education and of Ted talks for instance.
  • To adapt OER to students‘ needs. I avoid to give them an online resource as it appears on the Internet. If I taught this way, my teaching would have no added value to my students learning path. I always try to make the most of a resource and find a way to integrate interactivity. It could be through a rated online annotation of a pdf thanks to perusall.com developped at harvard University. It could be a cropped video with reflective pauses and integrated quizes thanks to educanon.com or camtasia.com
  • I consider it is essential to keep in mind John Biggs constructive alignment. Whatever the chosen teaching strategy, teachers need to pay attention to have an overview of the learning path. What are the expected learning outcomes ist he first step to analyze in order to choose the appropriate teaching strategies while assessing students’ progress during the whole process. However, we shouldn’t design a course in a rigid way, leaving some space for errors, hesitations and throwbacks during classtime is effective.

I get inspired by OERs and I hope I inspire others as well. Moreover, OERs are about sharing and I am deeply convinced that education is about sharing. A teacher shares material and teaching activities with his students while students share their learning with their teachers. It’s a continuous circle of sharing and improvement both from the teacher’s perspective and the student’s perspective. Sharing in education is the key to a better world !

https://www.oercommons.org/

 

 

Mind – heart – Soul

Is it possible to align the head, the heart and the mind to achieve a successful professional and personal life? Is it an esoteric vision of some enlightened, somehow idealistic teachers who might also be a little crazy? Not so long ago I probably would have replied ‘yes’ to these two questions; the world is changing and so are perceptions, the business world is becoming aware of the importance of taking into account the key skills related to personality in order to prepare the students of today for tomorrow. What a joy to find the report on education entitled ‘New vision for Education’ from the last World Economic Forum in Davos (WEF). Indeed, this report highlights the need to raise emotion to the level of core competency and to integrate it to the learning curriculum so that students of today succeed in tomorrow’s world.

To the core knowledge (science, literature or citizenship), is added the ability to act effectively in the face of the complexity of the world; also added are the personal skills of adaptability and leadership, including the ability to become an entrepreneur of one self. Mastering knowledge is not enough anymore, and the academic world is becoming aware of the need to create learning experiences, which aim to develop critical thinking, creativity, or a state of collaborative spirit. To these key skills, are added other skills related to personality, curiosity, initiative and persistence. The WEF has thus defined three founding pillars of the learning experience as well as life long learning:

  • The head. Foundations to act in everyday life: literature, mathematics, science, information and communication technology, finance, multiculturalism and citizenship.
  • The mind. The ability to act effectively to approach the complexity of the world: problem solving, critical thinking, creativity, communication and collaboration.
  • The heart. A personality to fit in a changing world: empathy, kindness, curiosity, initiative, persistence, adaptability, leadership as well as social and cultural awareness.

According to the WEF, Social-Emotional-Learning (SEL) is critical to succeed, and the academic world has the responsibility to create learning opportunities to develop them.

I thank the economy for getting involved in the educational issue of higher education! The actors of education and global economy recognize that our world is VUCA, i.e., volatile, uncertain, complex and ambiguous, and it is urgent to train our students to understand the world we live in while aligning the heart and the mind, something, which even the most powerful computers will never be able to achieve!

http://www3.weforum.org/docs/WEF_New_Vision_for_Education.pdf

 

Tête – Coeur – Esprit

Aligner la tête, le cœur et l’esprit pour réussir sa vie professionnelle et personnelle, est-ce possible? S’agit-il d’une vision ésotérique de quelques professeurs éclairés un peu idéalistes et surtout un peu fous? Il n’y a pas si longtemps que cela j’aurais probablement répondu par l’affirmative, le monde change et les perceptions aussi, le monde économique prend conscience de la nécessité de tenir compte de compétences-clé liées à la personnalité pour préparer les étudiants d’aujourd’hui au monde de demain. Quelle joie de découvrir le rapport ‘New vison for Education’ du dernier Forum Mondial Economique de Davos (WEF) sur l’éducation. En effet, celui-ci met en lumière la nécessité d’ériger l’émotion au niveau de compétence-clé et de l’intégrer au cursus d’apprentissage pour permettre aux étudiants d’aujourd’hui de réussir dans le monde de demain.

Aux connaissances de fonds (comprenez les sciences, la littérature ou encore le civisme), s’ajoutent un savoir-agir face à la complexité du monde et des compétences personnelles d’adaptabilité et de leadership, notamment la capacité à devenir entrepreneur de soi-même. Maîtriser les connaissances ne suffit plus, et le monde académique est en train de prendre conscience de la nécessité de créer des expériences d’apprentissage ayant pour objectif pédagogique le développement de l’esprit critique,  de la créativité ou encore d’un état d’esprit collaboratif. A ces compétences-clé, s’en ajoutent désormais d’autres ayant trait à la personnalité et du ressort de la curiosité, de l’esprit d’initiative et de la persistance. Le WEF a ainsi défini trois piliers fondateurs de l’expérience d’apprentissage des étudiants dans une perspective de long life learning, c’est-à-dire d’apprentissage tout au long de la vie :

  • La tête. Les fondations pour agir au quotidien :littérature, mathématiques, sciences, technologies de l’information et de la communication, finance, multiculturalité et civisme.
  • L’esprit. Un savoir-agir pour aborder la complexité du monde: résolution de problème, esprit critique, créativité, communication et collaboration.
  • Le cœur. Une personnalité pour s’adapter à un monde en changement :l’empathie, la bienveillance, la curiosité, l’initiative, la persistance, l’adaptabilité, le leadership et la conscience sociale et culturelle.

Selon le WEF, les compétences socio-émotionnelles, acronyme anglais SEL, Social-Emotional-Learning, sont critiques pour réussir dans le monde de demain. et le monde académique a la responsabilité de créer des occasions d’apprendre pour les développer.

Selon moi, au cœur de ces compétences nouvellement identifiées comme partie prenante du cursus d’apprentissage, se trouvent l’empathie et la bienveillance. Un enseignement bienveillant et empathique crée des occasions d’apprendre tout en se trompant, en errant, en tâtonnant sans avoir peur de se tromper ou de paraître bête. L’expérience d’apprentissage se transforme en un lieu de questionnement, de déconstruction de croyances ou fausses idées et de construction en profondeur d’un savoir vivant. Selon moi, il est du devoir de l’enseignant de créer un climat d’apprentissage sécurisé dans lequel le questionnement, la curiosité, l’autonomie et les controverses sont de la  partie. Donner le droit à l’erreur, voire l’encourager, c’est favoriser les compétences de persistance et d’initiative tout en développant l’empathie et la bienveillance. Cela revient aussi à développer l’esprit d’entrepreneur de soi pour mieux devenir un possible entrepreneur des autres.

Merci à l’économie de se mêler de la question éducative de l’enseignement supérieur ! Les acteurs de l’éducation et de l’économie mondiale reconnaissent que notre monde est VUCA, c’est-à-dire volatile, incertain, complexe et ambigu, et qu’il devient urgent de former nos étudiants à comprendre le monde qui nous entoure tout en alignant le cœur et l’esprit, ce que les ordinateurs les plus performants ne seront jamais capables de faire !

http://www3.weforum.org/docs/WEF_New_Vision_for_Education.pdf

 

 

Les erreurs sont des occasions d’apprendre

Le monde professionnel des enseignants, comme celui des médecins d’ailleurs, ne tolère pas l’erreur et la condamne. Contrairement au monde de l’aviation qui pratique ouvertement la culture de l’erreur et surtout du partage des erreurs afin d’éviter que celles-ci ne se repèrent, le monde de l’éducation a l’erreur en horreur dès les premiers pas scolaires. Quel écolier n’a pas reçu un devoir ou travail avec des biffures rouges ?

A l’opposé, il y a des chefs d’entreprise éclairés, tel Jean-Claude Biver, qui encouragent les discussions autour des erreurs en valorisant celles qui ont apporté la plus grande connaissance, le plus fort enrichissement, une sorte de hit-parade de la meilleure erreur afin d’identifier celle qui a été la plus utile pour progresser. En y réfléchissant, j’ai repensé aux erreurs que j’ai commises dans ma vie d’enseignante. Il y a celles que j’ai cachées, car j’en ai eu honte, il y a eu des erreurs qui ne m’ont rien appris et d’autres qui au contraire m’ont enrichie. Et puis, il y a celles que je partage avec mes collègues et mes étudiants, celles que j’utilise pour accompagner le développement professionnel dans le cadre du conseil pédagogique. Discuter ouvertement de ses erreurs en tant qu’enseignante expérimentée m’a permis de réaliser un changement de perception de ce qu’est l’erreur non seulement du côté des enseignants mais également de celui des étudiants. En effet, j’ai pu observer que les enseignants qui apprenaient de leurs erreurs encourageaient leurs étudiants à faire de même. Le vrai problème est que les erreurs sont trop peu exploitées comme des réelles opportunités d’apprendre, car souvent reliées à un sentiment émotionnel de honte ou d’impuissance chez ceux qui les commettent. Dès les premiers cours, j’ai pour habitude de dire à mes étudiants que leurs erreurs sont non seulement bienvenues mais utiles, car elles nous permettent d’avancer dans le chemin de l’apprentissage. Je dis également que les étudiants qui ne se trompent jamais n’ont rien à faire dans mon cours car selon moi soit ils sont trop experts soit ils ne prennent pas de risques, et ne peuvent donc pas progresser. En posant le cadre, j’essaie tout simplement de leur dire que leur apprentissage passe par des faux pas, des tâtonnements, des hésitations et des doutes qui sont bienvenus dans mon enseignement. En fait, il s’agit tout simplement de créer un environnement sécurisé dans lequel mes étudiants n’ont pas peur de se tromper. Voici trois conseils qui me paraissent utiles pour créer un climat d’apprentissage fertile et sécurisé.

  • Il ne suffit pas de souligner une erreur, dire que c’est faux sans donner des clés pour comprendre pourquoi un raisonnement est erroné et comment le corriger. Tout l’art d’un bon feedback réside dans la capacité que l’enseignant a de donner la canne à pêche plutôt que le poisson. On apprend en réfléchissant sur ses erreurs, et lorsqu’une erreur est comprise, on ne la commet en général plus.
  • Créer un climat dans lequel les étudiants perçoivent les erreurs comme des opportunités d’apprentissage et des bases de discussion. Enseigner n’est-il pas tout simplement donner des occasions d’apprendre grâce à ses erreurs ?
  • Veiller à accueillir les erreurs en classe de manière positive. Eviter de manifester un agacement ou une lassitude ou de dire une phrase du genre ‘non, c’est faux, quelqu’un d’autre peut-il l’aider ?’. Demandez plutôt à l’étudiant d’expliquer pourquoi il pense ainsi et s’il peut donner un exemple. Parfois, il peut être intéressant de demander à l’étudiant quelle serait la question qu’il poserait pour obtenir sa réponse (erronée). Je suis toujours très triste de lire des commentaires d’étudiants dans des évaluations d’enseignement qui mettent en lumière leur peur de s’exposer en classe pour ne pas prendre le risque de paraître ‘bête’ aux yeux de leur enseignant ou de leurs collègues.

Il me semble urgent de valoriser les erreurs comme des opportunités d’apprentissage, apprendre signifie avoir le courage d’examiner les erreurs que les enseignants peuvent faire parfois et surtout encourager les étudiants à réfléchir de manière à ne pas avoir peur d’exposer leurs idées, leurs raisonnements et cela surtout s’ils sont faux. Les erreurs servent à apprendre, à construire un savoir vivant et à se sentir bien en tant qu’être humain sur le chemin de la progression.

Bain, K. (2004). What the best college teachers do. Cambridge, Mass.: Harvard University Press.

 

 

 

 

How to give powerful feedbacks?

Giving constructive feedback is one of the most effective ways to help students grow personally and improve their academic skills. It is a powerful tool, which holds the risk of being double-edged; indeed a feedback that is worded poorly may have the opposite effect and decrease recipients’ self-esteem, it may even demotivate one’s aspiration to learn. That being said, what are the rules to follow, and how can we ensure that the intended feedback has been clearly understood and will contribute to the good development of its recipient? In order to promote a growth mindset among my students, I strictly obey the three rules below:

  1. First of all, I make sure that my feedbacks are indidualised and confidential. I take the time, outside of school hours, to meet each of my students separately. I consider this a unique opportunity that allows me to have a more personalised relationship with my students. Moreover, such a meeting gives me the chance to individualise my teaching. I consider those times as being privileged, both for me and for my students.
  1. I always start by saying something In every academic production, even the most catastrophic one, we can find some positive elements. I make sure to highlight this point at the beginning of the discussion. This way of doing establishes a basis for trust and prepares students to hear the less positive but essential elements to improve their performance and foster a growth mindset.
  1. I do my best to make the distinction between a student and his/her work, and to always give my personal opinion by taking full responsibility for what I say, i.e, by speaking in the first person singular. Here is an example of what I could say: ‘I think you should try to focus more on this aspect of your work in order to develop a more critical view of the phenomenon you present’. And whenever possible, I try to give examples to illustrate my comments.

I encourage my students to seek regular feedback from faculty so as to have support in their personal development and academic development. I am convinced that constructive feedbacks contribute efficiently to a growth mindset, in other words train one’s brain to get smarter according to Columbia psychologist Carol Dweck. Thus, I encourage students to listen carefully to what faculty has to tell, without interrupting but asking for clarification when the message is unclear. I make a point to tell students that feedbacks are nothing more than perceptions that teachers have on their work. Constructive feedback, which is both benevolent and respectful, is a great progression tool to grow mindset and to train brains to get smarter!

 

‘Non violent communication: a language of compassion’ Marshalll B. Rosenberg (2004)